Interviews
Interview de Hervé COLAS
Points de vue sur… 50 ans de plaisance côtière en Méditerranée
TOUT ÇA À CAUSE DE CE VAURIEN D’HERBULOT !
Combien de caboteurs amateurs et de hauturiers professionnels aguerris au fil de courses en solitaire ou en équipage ont tiré leurs premiers bords en "voile légère" ? En ont-ils la même définition et la même pratique ?
Avec son "Vaurien" lancé en 1950, Jean Jacques Herbulot a ridiculisé le snob yachtman. Est arrivé le voileux démocratique adepte d’une voile "vraie", sérieuse, individualiste et libertaire. Le Vaurien : une feuille de contreplaqué moulée pour une coque très rigide pontée sur l’avant, de 4 m de long pour 70 kg, non lesté, doté d’une dérive rétractable puis pivotante, vif, évolutif, facile et amusant à mener et… transportable !
Vaurien coûte peu : construction légère et accastillage minimaliste pour deux équipiers, vendu partout y compris au Bazar de l’Hôtel de Ville, il coûte 5 fois moins cher que ses prédécesseurs, l’équivalent de deux vélos de l’époque. Le Vaurien est un choc culturel pour le landernau de la voile chic.
Sa sortie précède de peu celle du 505 en 1954, souvent considéré comme le roi des dériveurs avec tous les équipements devenus incontournables : réserve de flottabilité, spi, dispositifs de rappel intégrés et trapèze, trappes d’évacuation d’eau, coque planante. Puis Christian Maury dessine le 420 en 1958 : une coque en forme, adaptée au plastique, dotée de ligne très moderne et d’excellentes performances. Dans le même souffle, arrive l’Optimist, équivalent marin de la caisse à roulettes pour les plus jeunes.
LE HOBBIE CAT
POUR LA VITESSE
Dans les années 1970, une autre révolution – plus sportive – vient avec les multicoques et le fameux Hobbie Cat 16, référence toujours commercialisée. Objectif : atteindre la vitesse inimaginable à l’époque de 20 nœuds sur deux coques bananées poussées par une voile lattée et un petit foc autovireur.
Ensuite, j’enlève les haubans. Encore moins cher, plus facile à manœuvrer, à transporter et à stocker et encore plus rapide, la planche à voile ou Wind surf apparaît en 1973. Ce flotteur propulsé par une voile, un mat sans haubans avec un wishbone monté sur rotule pour orienter la voile selon les allures ouvre de nouvelles pratiques aux noms anglais : free ride, free style…
La voie s’ouvre à de nouveaux drôles d’engins à voile pour des performances et des sensations toujours plus fortes. En dériveur, c’est le nouveau concept des "smart boards" issus des dernières technologies dont le pionnier est le Benji 380. C’est également le Skiff, le dériveur "le plus rapide du monde" comme le Buzz ou le Musto, lancés chez nous depuis 1990 pour planer à donf’ sans réglages complexes.
Et maintenant j’enlève le mât : arrive le kite-surf en 1995. Une planche de surf propulsée par un cerf-volant. Est-ce de la voile ? L’homologation du record de "l’engin à voile" le plus rapide sur l’eau, longtemps détenu par des planchistes qui avaient détrôné les catas, en fait foi depuis 2008 puis en 2010 après un run à plus de 100 km/h et que seul l’Hydroptère lui conteste !
La voile légère a su développer une formidable gamme de pratiques et de matériels. Elle est le vivier des voileux et assure la relève des vieux caboteurs.
Claude Roger
HERVÉ COLAS
directeur du centre des Glénans de Marseillan
« UN PERMIS-VOILE ? CERTAINEMENT PAS ! »
Depuis 1947, le Centre Nautique des Glénans est une sorte de Label Rouge des marins élevés au grain breton. Pourquoi venir en Méditerranée ?
Le centre de Marseillan a fêté cette année ses 40 ans. Après le centre de Bonifacio en 1968, le fondateur Philippe Vianney a créé celui-ci en 1970. La Méditerranée complète l’éventail des conditions de navigation. Sur le Bassin de Thau, il y a toujours du soleil et du vent mais la mer ne s’y lève jamais fort. Et, en sortant, il y a la pleine mer, cette mer qui n’a ni cailloux ni marées mais des courants et une météo… formatrice. Ce centre est plus technique, plus sportif que les autres.
Pourquoi les Onglous, où le canal du Midi se jette dans le bassin de Thau ?
Les Glénans cherchent avant tout un lieu exceptionnel. Les Onglous étaient à moitié en ruine mais magnifiquement situés entre canal et étangs. C’est devenu le second centre des Glénans sur les cinq qu’il y a en France, avec plus de trois mille stagiaires en 2010 et 21.500 journées de formation sur les quelque 115.000 assurées globalement.
Avec les changements des bateaux et dans les bateaux, votre enseignement a-t-il changé ?
Oui, mais nous n’avons pas renoncé à nos fondamentaux. Un GPS, lecteur, traceur de cartes ne remplace pas le savoir basique du marin : sextant, compas de relèvement, règle de Cras et carte en papier sont toujours enseignés en priorité. Mais évidemment, dans un second temps, nous formons au bon usage du matériel électronique de ce matériel qui ne doit être qu’un outil complémentaire. On ne confie pas sa sécurité à quelque chose qui peut avoir un bug ou une panne électrique. Autrement, à part les coques, les bateaux ont peu changé et entre nos premiers bateaux en bois et ceux d’aujourd’hui, notre façon d’enseigner n’a pas changé.
Pousseriez-vous à un permis-voile ?
Certainement pas. Le permis bateau à moteur est un papier qu’on achète sans naviguer. C’est une illusion qui peut conduire à se sentir trop sûr de soi. Il y a quelques années, avait émergé l’idée d’une sorte de certificat fondé sur la pratique pour garantir aux loueurs que leurs clients en savaient un minimum. Les fédérations françaises de voile, des ports de plaisance, des industries nautiques, les représentants des loueurs et des assureurs se sont concertés, mais sans suite. Les Glénans assurent la formation de chef de bord plaisance, même si elle ne délivre aucun papier. Les élèves sont des gens qui veulent louer ou qui ont leur propre bateau et qui se sont fait peur un jour, ou des familles qui envoient papa, ou des propriétaires qui envoient leur équipage. Ils apprennent les bases : les règles de sécurité, la navigation simple, les manœuvres de port, la stratégie de route en fonction de la météo. Mais vous savez, en matière de navigation à voile, on apprend 80% des choses en une semaine et pour les 20% qui restent, une vie ne suffit pas.
VOUS AVEZ DIT MOBILITÉ RÉDUITE ?
Vous avez dit mobilité réduite ? Regardez-les faire des loopings sur leurs wakeboards, ou sur leurs dériveurs aménagés à la gîte régatant dans la brise, suivez les canoës et les kayaks dans les rapides des folles rivières… vous changerez votre façon de voir sur les personne handicapées amoureuses de la mer.
En voile, l’une des plus belles réalisations est le Néo 495, successeur du Néo 391, un voilier de sport spécialement conçu par un architecte avec un siège en forme de coque etdes commandes à portée de mains pour qu’une personne habituellement en fauteuil puisse participer à des compétitions ou simplement faire des ronds dans l’eau où trois potences existent pour faciliter l’accès au cockpit de ce beau quillard lesté pour le rendre plus raide à la toile. Pour limiter la gîte, il existe aussi, bien sûr, des trimarans.


















