Interviews
Interview d'Amiral Yann Tainguy
Points de vue sur… 50 ans de plaisance côtière en Méditerranée
« UN MORT TOUS LES DIX JOURS EN MÉDITERRANÉE FRANÇAISE »
Vice-amiral d’escadre Yann Tainguy
préfet maritime de la Méditerranée
CABOTAGES : Pour un marin qui a navigué sur toutes les mers et qui est aujourd’hui responsable – notamment – de la sécurité en Méditerranée, que représente Mare Nostrum ?
La Méditerranée a l’image d’une carte postale : des calanques à l’eau transparente, des plages, une mer bleue et calme… Vous n’y verrez jamais ni Mistral ni coup d’Est. Curieusement, l’Atlantique des cartes postales a des vagues, du vent, des phares dans la tempête. L’image de la Méditerranée auprès de ceux qui viennent y naviguer pendant l’été – et ils sont plus nombreux qu’ailleurs – est la cause de bien des imprudences. C’est très préoccupant. De mars 2009 quand j’ai pris mes fonctions, à mars 2010, nous avons fait 2.600 interventions de sauvetage impliquant 5.800 personnes parmi lesquelles il y a eu 27 morts et 6 disparus. Un mort tous les dix jours pour la côte méditerranéenne française et la Corse.
CABOTAGES : Les causes ?
Les causes sont de trois ordres qui se ramènent – presque – toutes à la question du temps du vacancier, essentiellement citadin, en tout cas pas marin.
Il veut profiter tout de suite : pas de préparation matérielle ou physique. C’est surtout vrai pour la plongée qui connaît de plus en plus d’accidents, non pas à cause des clubs, très professionnels, mais des pratiquants.
Il veut profiter le plus longtemps : la météo devrait imposer sa loi au calendrier des vacances, or c’est le contraire qui se produit. Les plaisanciers commettent des imprudences pour "être à l’heure".
Il veut aller vite : la vitesse, avec les grands yachts comme avec les jet-skis, les gens vont trop vite. Lors d’une opération "coup de poing" que nous avions menée dans la baie de Saint-Tropez, il y avait tellement d’infractions que nous n’avions pas assez de personnel pour verbaliser tout le monde !
CABOTAGES : Que faire ?
Un gros travail de prévention à mener et ce travail – notamment grâce aux médias – doit être mené en amont, pour corriger l’idée que les gens se font de la Méditerranée. Cette mer doit développer dans l’opinion l’image d’une vraie mer, avec ses beautés et ses dangers. Il faut aussi qu’il y ait des tempêtes sur les cartes postales du Midi


















