Les joutes Sétoises
Sète ne les a pas inventées, mais magnifiées
A entendre certains Sétois un peu chauvins, on sent que ça leur arrache le coeur d'avouer que les joutes n'ont pas été inventées dans les eaux de l'île singulière. On les comprend. Car les joutes «sétoises» n'existeraient pas si ce tournoi nautique n'avait pas été porté à sa quintessence et codifié par les gens d'ici, dès lors qu'ils commencèrent à le pratiquer le 29 juillet 1666, pour l'inauguration du port.
C'est en 1270, à Aigues Mortes - tout de même avec une antériorité de quelque quatre siècles sur leur officialisation à Sète - que les premières joutes
eurent lieu dans le golfe du Lion.
Les croisés, attendant de s'embarquer pour l'autre côté de la Méditerranée, eurent l'idée de tuer le temps en organisant des tournois où les palefrois étaient remplacés par les chaloupes qui servaient au transbordement des marchandises et des équipements vers les navires. Ainsi, sans risquer de se blesser gravement, les soldats (la piétaille, les biffins !), et les marins trouvaient alors le moyen de laver à l'eau de mer et à la manière des nobles chevaliers, le vieux linge sale qui existe de tout temps entre ces corps d'armée (l'aviation n'existait pas).
Les médisants pourront dire qu'au moins, et contrairement aux Bretons, les marins languedociens savaient nager ! Et les imaginatifs pourront penser que certains chevaliers on pu voir dans cette pratique populaire le moyen de répéter quelques gestes qui leur seraient utiles au combat. Sans armure, évidemment.
Mais, Languedociens, il vous faut déchanter ! Voici de quoi vous mettre d'accord : des historiens rapportent que le plus ancien document de l'époque post-latine fait état d'un tournoi de joute à Lyon le 2 juin 1177, pour la commémoration du millénaire des martyrs chrétiens de Lyon et de Vienne. Aujourd'hui encore les joutes sur le Rhône et la Saône sont très vivantes, même si les règles et les barques en sont très différentes.
Poursuivons ce zoom arrière dans le temps et l'espace : on retrouve un nombre incalculable de traces de joutes sous l'empire romain, lors de spectacles nautiques se déroulant dans des arènes conçues pour être mises en eau (l'ancêtre du toro-piscine, en somme...). Selon toute vraisemblance, les Romains ont diffusé les joutes dans tout leur empire, dont une description de fête à... Strasbourg en 303 !, en l'honneur de l'empereur Dioclétien. Certains historiens plaident en faveur d'une introduction des joutes dès la fondation de Massalia... L'honneur méditerranéen serait sauf.
Il l'est d'autant plus que les plus anciennes représentations de joutes nautiques se trouvent sur des bas reliefs datant de l'ancien empire égyptien (III à VI dynasties, -2780 à -2380). Il semblerait pourtant s'agir d'avantage de rixes plutôt que de loisirs, vu que l'affrontement se déroulait sans aucune protection, avec des gaffes munies de ferrures à deux pointes à leurs extrémités.
Heureusement, comme l'escrime et son fleuret moucheté, la boxe et ses gants de cuir ou encore le paint-ball, la joute, avec son bouclier (pavois), sa lance de bois et son bain forcé pour le perdant est devenue un sport civilisé.
Mais sport de costauds, comme l'ex rugbyman Aurélien Evangélisti, multi-champion sétois : 1,88 m pour 130 kg de force et d'équilibre.
- Christophe Naigeon















