Collioure, "la perle de la Côte Vermeille"
Pas seulement des grands fauves
Où que l'on se mette, Collioure est une carte postale. Alors, une fois amarrés à la bouée qu'on vous aura attribuée au cœur de la ville, vous pouvez vous contenter de regarder autour de vous.
Collioure p
artage avec Port-Argelès le privilège de donner à voir le Canigou dans les manœuvres d'approche. Quand il reste un peu de neige, c'est proprement splendide. Et, à part une disgracieuse barre de maisons récentes qui casse la perspective entre l'église et les sommets, on ferait exprès de rentrer et de sortir du port, rien que pour jouer avec ce zoom qui, en avant ou en arrière, fait découvrir de nouvelles beautés.
D'autres amers sont partagés entre Collioure et ses proches voisins, comme la tour Madeloc sur la crête des Albères (voir Banyuls) et le fort Saint Elme (voir Port Vendres). Mais Collioure, la "perle de la Côte Vermeille", a bien d'autres sujets de carte postale.
FANAL, PRISON, CLOCHER
De loin, le point de repère, c'est le clocher de l'église Notre Dame des Anges, avec son air de fusée médiévale dont le dôme, s'il était vert ou rouge plutôt que rose, le ferait passer pour un phare. Ce qu'il fut d'ailleurs vers 1642 avant de devenir prison en 1677 puis clocher en 1693. Le dôme est de 1810.
Sous ces dehors austères, l'église recèle des trésors baroques, notamment un retable sculpté sur bois par le catalan Jose
ph Sunyer et recouvert de feuille d'or.
Le vrai fanal a des allures plus romantiques avec son capuchon de fer forgé qui éveille l'imaginaire : bouchon sur une carafe de bon vin, tonnelle pour y faire grimper un chasselas, palais d'Orient… Mais il ne date pas de l'époque des califes de Bagdad : le môle d'abritement a été inauguré avec son fanal le 15 avril 1886.
Jusqu'à une date récente, Collioure a donc été exposé à tous les coups de mer et ses deux ports, l'Aval et l'Amont de part et d'autre du château royal, n'étaient des abris que par tramontane.
DE CAUCOLIBERIS AU CHÂTEAU ROYAL
Le château royal est une autre évidence pour qui arrive par la mer. Il a du impressionner plus d'un capitaine, comprenant qu'il n'entrait pas dans n'importe quel port de pêcheurs. Sans doute y avait-il là déjà des constructions du temps où fut fondée Caucoliberis (Collioure)
deux mille ans avant notre ère. Les Gaulois puis les Romains s'y installèrent. Les Wisigoths s'y battirent en 670. Les Sarrazins l'envahirent comme toute la Septimanie, les Francs les en chassèrent, les pirates Arabes et Normands y jetèrent la confusion, les querelles de princes et d'église, la sécheresse, les inondations, la peste et la famine firent le reste. Bien longtemps avant les Fauves, c'était la jungle.
Collioure a eu très tôt des tours, des murs, des casemates. Ce qu'on voit aujourd'hui demande un effort d'imagination : enlevez ce que Vauban (encore lui !) a fait sous Louis XIV et vous aurez une petite idée de sa magnificence quand les Comtes de Barcelone, les Rois d'Aragon et les Rois de Majorque en firent l'une de leurs résidences à la fin du XIIIe et au début du XIVe siècles ! À terre, la visite s'impose. Et, des remparts, vous pourrez surveiller votre mouillage.
LE MOUILLAGE, UN BALCON SUR LA VILLE
Car Collioure n'a pas de places de passage à quai. À part une possibilité d'accostage de courte durée en face du quai de l'Amirauté en hiver quand il n'y a pas de bateaux de visite en mer, les visiteurs s'amarrent à quatorze bouées sur coffres dans la baie. Fini le temps où quarante bateaux se tamponnaient, polluaient, labouraient les posidonies, risquaient d'arracher le collect
eur d'égout. Depuis trois ans, les places sont payantes (de 15 à 30 € pour 24 h). Les plages de la ville sont redevenues baignables et il paraît que les posidonies recolonisent les fonds. Manquent encore des sanitaires et des douches comme dans n'importe quel port de plaisance, mais le classement comme monument historique de la moindre pierre rend leur implantation difficile, dit-on à la Mairie. Mais ça va se faire. Maintenant que vous êtes à la bouée, levez la tête vers le sud. Le moulin à vent installé sur la première colline est le plus ancien du Roussillon. Un peu plus bas à droite, le bâtiment que vous voyez est le cloître des Dominicains. Il faut y entrer pour en voir la grâce architecturale.
Bref, vous n'allez pas vous ennuyer. Et nous n'avons pas parlé des peintres… Vous pouvez aussi vous contenter de rester à bord et de regarder autour de vous. C'est ça, Collioure.
Christophe Naigeon
Emma Chazelles

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