Viticole, industrieuse et nautique, Frontignan la ville aux multiples facettes
Frontignan plage et Frontignan ville
Frontignan a des vies multiples : avec sa grande voisine, Sète, elle est industrieuse ; avec la mer, c'est un port accueillant et une belle plage protégée ; avec la terre, elle produit un nectar, le Muscat. ![]()
De loin, c'est le massif de la Gardiole que l'on voit. Séparé de la côte par la mince bande des étangs, ces collines illuminent le décor bleu et vert du blanc de la roche calcaire. La Gardiole est un domaine protégé. On le comprend. Là, dans cette garrigue, s'épanouissent une flore et une faune spécifiques, inconnues ailleurs, adaptées au climat et aux milieux méditerranéens, ouverts, lumineux, secs et chauds. Si vos pas courageux vous portent jusque là-bas, vous y rencontrerez dans les herbes sèches, les chênes kermès rabougris ou les rares buissons épineux de genêt et de cade, la Magicienne Dentelée, qui est la plus grosse sauterelle de France (17 cm), sous les pierres, le Scorpion Jaune du Languedoc, dans les airs l'Aigle de Bonelli, menacé de disparition.
Au pied du massif pousse la vigne. Frontignan c'est le régime salé-sucré. Il y a Frontignan Plage, tourné vers la mer et l'étang, et Frontignan Vignes qui produit le muscat, divine douceur pour le gosier du marin gavé d'embruns au chlorure de sodium.
Plus bas, vous devinez ville. Comme beaucoup de hameaux du Languedoc devenus villages et dont certains ont poussé en cités, Frontignan aurait été la ferme d'un Romain. Ave Frontinius! Avais-tu aussi une vigne ? Adorais-tu Bacchus ? Sans doute, car la culture du cep et la science du vin avaient été apportées ici par un dieu bien plus ancien, Dionysos, celui des Grecs qui s'installèrent ici alors que Romulus et Remus venaient à peine de sortir de dessous la louve pour fonder Rome.
VIVE LE SECOND EMPIRE !
Approchez. Amenez les voiles. Adieu poésie. Ce que vous voyez, ces gros camemberts blancs, sont des réservoirs d'hydrocarbures. Ils révèlent la vie industrieuse de Frontignan la Peyrade. Au XIXe siècle et au tout début du XXe, la Compagnie Bordelaise de Produits Chimiques, la Compagnie Industrielle des Pétroles, les Ciments Lafarge et d'autres sociétés profitèrent de la proximité des quatre voies essentielles qui se rejoignent ici : route, train, canal, mer. Espagne, Italie, Europe et Afrique du Nord à portée.
Ainsi s'est crée ce paysage que d'aucuns regrettent. Pas ceux, nombreux, qui y ont trouvé du travail. Devenue ouvrière, la ville rurale s'est aussi corollairement embourgeoisée et le centre ville en porte les marques architecturales. On peut lire sur les façades patriciennes les rêves juxtaposés des magnats du négoce et des capitaines d'industrie.
La ville est remaniée pour répondre à son nouveau standing. On s'inspire de Paris pour reconstruire la Mairie démolie en 1895 : « La façade principale est la copie presque conforme un peu plus chargée en décorations de celle de la mairie du XIe arrondissement de Paris » ("Exposition sur les mairies des chefs-lieux de cantons de l'Hérault").
A ces demeures Second Empire, de belles traces des splendeurs passées se voient encore dans les pierres de Frontignan et en racontent l'histoire plus ancienne.
PETITE SÅ’UR DE SETE
Au XVIIe siècle, Frontignan était un port important. En 1630, la ville devint l'un des quatre principaux sièges de l'amirauté en Languedoc
. En 1666, les Frontignanais participèrent à la création de la ville et du port royal de Sète, décidée par Louis XIV. Ils n'en furent pas récompensés car Sète, mieux située, mieux protégée allait s'imposer comme port principal. Mais la ville n'a pas périclité pour autant. Elle est devenue la partenaire de Sète, sa petite sœur en développement. Depuis qu'on a démoli l'ancien Kursaal sur la plage de Sète pour y installer les nouveaux quais, le port de Sète déborde largement sur La Peyrade, autant pour ses activités commerciales et industrielles que pour la pêche. Quant au port de plaisance de Frontignan, il offre à la plupart des plaisanciers sétois le carénage qui leur manque cruellement chez eux. Coup de chance, il est très professionnel et très aimable. Les grutiers y transportent votre bateau comme si c'était une commode Luis XV
Avant d'entrer dans le port en virant sur tribord, jetez un œil à la côte : à l'est, le domaine naturel protégé des Aresquiers est une plage, un site très apprécié de plongée et de surfcasting. Là, plus d'industrie, c'est Frontignan Plage, votre résidence provisoire.
Christophe Naigeon

















