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Lacydon : atterrissez dans un mythe

On ne se lasse jamais d’arriver à Marseille. Du moment où l’on aperçoit les massifs qui l’entourent sont visibles à celui où l’on saute à terre dans le Vieux Port, c’est une suite ininterrompue de découvertes. Petit guide d’atterrissage au Lacydon :

English Flag

 

 

« Du haut de ces pyramides, 115 siècles vous contemplent » pourriez-vous à votre équipage dire si vous vous preniez pour le petit empereur en approchant Marseille. La chaîne de l’Étoile au Nord, les massifs d’Allauch et de Carpiagne à l’Est, du Puget et de Marseilleveyre au Sud, donnent à la baie de Marseille son écrin blanc et cette lumière bleue d’été. Ce sont des calcaires riches en carbonate de calcium, solides et clairs, de la roche dont on fait des maisons, formé par une barrière corallienne au fond d’une mer peu profonde dans un climat tropical.
C’est grâce au surgissement des Pyrénées, là-bas à l’autre bout du golfe du Lion que ces dépôts patiemment déposés en couches plates comme des lasagnes par Thétis, la mer de l’époque, ont fait des plis, se sont brisés, ont créé ces promontoires : les îles du Frioul qui, de loin, vous trompent tant elles se confondent avec la côte, Notre Dame de la Garde qui veille sur vous et s’illumine le soir, Marseilleveyre que vous voyez en arrière de la Pointe Rouge, ce massif où les Gaulois de la famille de Gypis ont pu faire découvrir au Grec Prôtis, à peine débarqué de sa galère, le magnifique site du Lacydon qui deviendra le vieux Port.
Le reste, ce que vous ne voyez pas mais qui défile cous votre coque, est un immense effondrement. Il y a 35 millions d’années, au fond du grand lac qui s’est formé là, se sont accumulés des sédiments sur un kilomètre d’épaisseur auxquels s’ajoutaient les éboulis provenant des berges. Des collines aussi importantes que celles que l’on voit tout autour sont "tombées dans ce trou" et s’y sont fait ensevelir.
De ce grand chambardement est né le site magnifique où vous croisez, le port exceptionnel où vous allez bientôt vous abriter. Bienvenue à Marseille !

LA BONNE MÈRE VEILLE


Son emblème, la silhouette de la Bonne Mère, indissociable de l'image de la ville, raconte le brassage des civilisations.Du large, c’est l’amer le plus sûr. C’est aussi un symbole. Marseille en vue !
Notre Dame de la Garde a été construite entre 1863 et 1893 sur l'ancien site d'une chapelle du XIIIe, consacrée elle aussi à la Vierge Marie. Comme la Major que l’on découvre presque en même temps, elle est d’un style néo-byzantin très riche. Elle est surmontée d'un beffroi de 90 m surplombé d'une immense Mère à l'Enfant couverte d'or de 11 m de haut, réalisée par l'orfèvre parisien Charles Christofle.
Les Marseillais l’appellent la Bonne Mère. Protectrice de la ville, on y dépose des ex-voto aux couleurs de l'Olympique de Marseille…
Anecdote : à la fin de la construction, un attelage de mules devait monter le bourdon de 8 t en haut de la colline. Au milieu de la pente, les mules n'en pouvaient plus. Quelqu’un dit alors: "faù ana cerca Molinàri" ("Il faut aller chercher Molinari"). Cet entrepreneur réputé fit placer une énorme poulie au pied de la basilique. Il y passa une très longue corde qu'il attacha d'un côté à la charrette et de l'autre aux mules placées dans le sens de la descente. Comme il était plus facile pour ces animaux de tirer en descendant qu'en montant, le bourdon pût être installé. Depuis, à Marseille, lorsqu'on se trouve devant une difficulté on dit : "Il faut aller chercher Molinari."
La Bonne Mère, indissociable de l'image de la ville, raconte le brassage des civilisations.
C’est au VIe siècle avant J.-C. qu’apparaît la "première Dame de Garde" de Marseille. Car si la tradition fait remonter la première aux temps préhistoriques, c’est avec certitude qu’on place au temps des Phocéens une gardienne sur la colline. Le site va abriter le temple de la déesse Poliade de Phocée, Aphrodite, et garder ainsi le feu de la cité.
Le nom de Notre Dame de la Garde, viendrait donc de cette idée d’un lieu gardien du feu sacré. Puis, le christianisme reprit les lieux de culte païens pour y mettre le sien. La construction de la basilique en 1853 fait prendre tout son sens à la colline de la Garde : signal sacré, signal urbain. Et, de surcroît, amer pour les marins.


LES TROIS "MAJOR"


Arrivés dans l’avant-port, c’est la Major attire le regard sur bâbord, du côté des ferries.

C’est Byzance ! L’architecte Léon Vaudoyer a construit entre le Vieux Port et le "nouveau" un édifice qui tient plus du palais que du lieu de prière. Marbre et porphyre, mosaïques, coupoles, alternance de pierres vertes et blanches, il affirme la volonté de Marseille d’être la porte de l’Orient.

Arrivés dans  l’avant-port, c’est la Major attire le regard sur bâbord, du côté des  ferries.

Aussi grande que Saint Pierre de Rome, elle peut accueillir trois mille fidèles. Le prince-président Louis-Napoléon Bonaparte en posa la première pierre en 1852, le pape Léon XIII en fit une basilique en 1896.

La Major mesure 142 m de long, son portique culmine à 60 m et la nef à 20 m alors que la coupole monte à 70 m pour 17,70 m de diamètre, ce qui en fait la sixième du monde.

Pour la construire, il a fallu démolir deux travées de l’ancienne cathédrale Notre Dame qui se trouvait là, car, depuis le Ve siècle, plusieurs édifices religieux se sont succédé à cet emplacement. Les travaux de la nouvelle ont révélé l’existence d’une troisième église paléochrétienne et d’un baptistère établis sur le même site : ainsi peut-on parler des cathédrales de Sainte Marie Majeure.


PHARO PIEDS DANS L'EAU

Un coup d’œil à tribord vers la colline du Pharo,Un coup d'œil à   tribord vers la colline du Pharo, troisième bâtiment d'époque Napoléon   III, troisième bâtiment d’époque Napoléon III, auquel il faudra ajouter plus loin la Bourse et la gare Saint Charles.

De passage à Marseille en 1852, Louis Napoléon Bonaparte, encore président des Français, décide de la construction d’une villa "pieds dans l’eau" à Marseille. Cette "marina" avant l’heure dont la première pierre a été posée en 1858, ne vit jamais ni l’empereur ni l’impératrice, qui, entre-temps, avaient pris du galon. Eugénie en fit cadeau à la ville.

Son style n’est pas éblouissant de légèreté ou de finesse, mais sa situation sur la hauteur au bout du port en fait un élément paysager important pour l’équilibre de cette partie de la ville.

Après avoir accueilli la faculté de médecine, le Pharo abrite aujourd’hui des salons professionnels et des séminaires et offre aux participants une vue splendide sur les îles, les ports et la ville.



SAINT JEAN DE LA TOUR CARRÉE

Passée l’anse du Pharo, on entre dans la passe d’entrée du Vieux Port sous la double autorité des Forts Saint JeanPassée l’anse du Pharo, on entre dans la passe d’entrée du Vieux Port sous la double autorité des Forts Saint Jean et Saint Nicolas et Saint Nicolas. À bâbord, le Fort Saint-Jean et sa Tour du Fanal, ancienne Commanderie des Hospitaliers de Saint Jean de Jérusalem date de la fin XIIIe siècle. Sa Tour Carrée, dite du Roi René, édifiée au XVe siècle est incluse dans les remparts, élevés en 1666 par l’ingénieur Clerville, sous l’autorité de Vauban et à la demande de louis XIV.

Aujourd’hui le Fort abrite des collections dont quelques reproductions ornent la façade rose pâle. Si la tour Carrée, qui est ouverte au public, offre une vue incomparable sur la rade, on aime aussi la nuit, doucement bercé par le bateau, se surprendre à suivre sur les murailles, si sobres le jour, les ombres portées des promeneurs amoureux de la ville et du large.

 

SAINT NICOLAS LA CITADELLE

De l’autre côté, un fort signé Vauban. Louis XIV qui aurait dit « Nous avons remarqué que les Marseillais prisaient les jolies bastides. Nous avons voulu avoir la nôtre à l’entrée de ce grand port » a fait également bâtir, côté phare vert, le Fort Saint Nicolas « La citadelle des Marseillais », achevée en 1664. L’objectif est le même que celui qui a prévalu à l’édification de Saint Jean : mettre fin au soulèvement des habitants de Marseille qui bafouent l’autorité royale. On remarque que les canons sont tournés vers la ville…

Au Moyen Âge le site abrite alors une petite chapelle fondée entre 1150 et 1228 dédiée à Saint Nicolas. Elle dépend de l’Abbaye Saint Victor.

Au pied de celle-ci, au niveau de l’ouverture la plus étroite entre les deux Forts, le Sénéchal de Provence ordonne en 1322 l’aménagement d’une palissade en bois à l’extrémité de laquelle on fixe une chaîne qui barre la passe du port. Elle est renforcée progressivement par la suite pour former trente ans plus tard deux véritables piles. C’est aussi la période d’importants travaux autour de la chapelle Saint Nicolas afin de créer un chemin de ronde et  une muraille rejoignant la chaîne du port.

Ce système de défense se révèlera totalement inefficace en 1423 contre l’attaque du roi Alphonse V d’Aragon. La ville sera pillée durant trois jours par les Aragonais, les galères catalanes ayant pris le Chapelle à revers. Ils emporteront pour trophée la chaîne du port qui est aujourd’hui exposée en Espagne, dans la cathédrale de Valence.



SAINT LAURENT DES PÊCHEURS


Côté fanal rouge, juste au-dessus des bateaux des Affaires Maritimes se trouve l’un des plus purs bâtiments du port. Avec un clocher comme on en trouve un autre à Collioure, c’est l'église Saint Laurent, construite au XIIe siècle, la paroisse des pêcheurs et des marins. Très endommagée par la destruction du quartier en 1943, elle conserve cependant la beauté de son architecture romane en calcaire rose venu du Cap Couronne. A ses côtés a été construite en 1604 la chapelle Sainte Catherine, au style gothique tardif, unique dans son genre à Marseille.


SAINT VICTOR DE LA LÉGION

Toujours sur tribord, juste après la capitainerie et le CNTL, au-dessus du bassin dit du Carénage, se tient une église avec un clocher "à peigne", c’est l’abbaye Saint Victor.

La légende raconte que Victor, officier des légions romaines converti au christianisme, a été supplicié vers 228 parce qu'il avait refusé d'offrir de l'encens à Jupiter et renversé l'autel. L'empereur Maximien lui fit couper un pied, puis écraser par une meule puis décapiter avec ses compagnons évangélisateurs. Leurs corps, jetés à la mer, ont été ramenés par un ange dans une petite grotte. Vers 413 y fut fondé un monastère en son honneur.

Détruite par les Sarrasins, l'église a été reconstruite au XIe siècle, puis fortifiée par Urbain V au XIVe. Les cryptes contiennent la basilique primitive.


LA CRIÉE THÉÂTRE


Au 30 Quai Rive Neuve, l’ancienne criée aux poissons est devenue un théâtre depuis 1981. Les ballets de Roland Petit l’ont rendu célèbre. Sa programmation vaut la peine de se trouver une soirée libre.


MAIRIE ET FÉRIBÔTE

Vous êtes maintenant dans la seconde moitié du bassin. L’hôtel de ville de Marseille occupe une place privilégiée sur le Vieux Port. En fait, c’est tout un ensemble qu’il faut regarder : la bâtisse, bel exemple d’architecture baroque provençale du XVIIe siècle, le quai du Port, très large à cet endroit et qui ouvre sur le bassin d’honneur où deux superbes voiliers historiques sont amarrés. Sans oublier le terminus du "féribôte" le César, rendu célèbre par Pagnol, mis en service en 1890, et qui fait traverser le bassin jusqu’au Bar de la Marine.

La mairie a échappé à la destruction des maisons du quai du Port à la fin de la seconde guerre mondiale, ce qui fait qu’elle trône maintenant toute seule dans son style entre deux barres d’immeubles récents.

Sur l’autre rive, la "Nautique" vous salue. Parce qu’il est inné chez les Marseillais de prendre ce plan d’eau, d’aller aux îles ou dans les calanque, est acquise l’importance de la plaisance et des régates… Avec le troisième club de France après la Société des Régates du Havre (1838) et la Société Nautique de Sète (1863), la Nautique (1887) est une vieille dame d'une éternelle jeunesse, fondée par des régatiers dissidents de la Société des Régates de Marseille.

 

VOUS ÊTES ARRIVES!


En face, la Cannebière continue de donner le ton maritime de la ville… l’avenue porte le nom du chanvre qui y était tissé pour les cordages. Pas très loin se trouve aussi l’avenue de la Corderie…
Descendez face à l’ancienne Criée, devenu Opéra et entrez sur la Place aux huiles… Les immeubles qui la bordent ont encore les voûtes et les portes cintrées… Mais ce n’est pas de l’huile que vous y trouverez, mais du vin rosé et surtout le "Pastis", mélange d’anis étoilé du Yunnan (Chine), d’une pointe de réglisse des rives syriennes de l'Euphrate, et des plantes aromatiques de Provence…
De l’autre côté du port, osez les ruelles fraîches du Panier. Perché sur une petite colline, c’est le quartier originel des vagues successives d'immigration, des Grecs aux Comoriens. Tout y est pittoresque comme le nom des rues et le comportement de ses habitants. Déambuler sans but le long des rues est encore le meilleur moyen de visiter ce petit village dans la ville. Un dédale. Mais à Marseille, on ne se perd pas, car jamais on ne quitte longtemps la mer de vue.

 

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