Viticulture et commerce maritime
Ni barbares, ni pucerons, ni locomotives...
Plusieurs fois, Bandol a failli mourir. Invasions, parasite de la vigne, chemin de fer ne sont pas venus à bout de sa vitalité. À chaque fois, Bandol a tiré parti de ses malheurs.
Que l’on vienne de la Ciotat ou du cap Sicié via les Embiez, on ne voit qu’une chose en direction de Bandol : les barres d’immeubles blancs démesurément allongées, incrustées comme des pans de falaises stratifiées dans le vert des collines qui dominent la baie. Beaux ou laids – c’est selon – ils affichent la vocation de Bandol : accueillir une population nombreuse pour dynamiser la commune. Douze mille habitants l
’été mais quand même pas loin de neuf mille le reste de l’année. Ce qui, pour une station balnéaire, est une proportion raisonnable.
Il faut dire que ce fut longtemps un désert. Depuis la fin de l’Empire romain, l’ancien Bendorium, livré aux envahisseurs et aux pillards barbaresques, avait vu ses habitants fuir vers la Cadière (Cathedra), village bien à l’abri en haut de la colline qui domine la mer. Ils ne sont revenus que quelque mille deux cents ans plus tard, en 1715. Et pas en masse : sept familles pionnières installées là sous la protection du seigneur du lieu, François Boyer de Foresta dont l’ancêtre, Antoine Boyer, avait été anobli par Henri IV pour sa bravoure au cours des guerres de religion. Il se vit également attribuer le fort de Bandol (voir le tableau de Vernet).
LE JEU DES SEPT FAMILLES
Ces sept familles et leurs descendants ont créé le vignoble de Bandol dont le vin est servi à la table de Louis XV ! C’est la réussite. Le port, qui était déjà un bon abri naturel, voit sa sûreté renforcée par un môle de neuf mètres pour abriter les bateaux et leur précieuse cargaison. Alors que la révolution éclate, à peine deux générations après celle des pionniers, il y a déjà 1.200 Bandolais.
En réalité, Bandol n’a jamais été un grand port d
e pêche, à part une activité saisonnière de capture des thons rouges quand ils passaient près des côtes, avant que… mais c’est une autre histoire. Sa principale activité était l’exportation des produits de l’arrière pays, vin principalement mais aussi huile d’olive.
Sous le second Empire, Bandol exporte près de dix mille fûts et fait travailler trois cents tonneliers. Du coup, quand la crise de la vigne surviendra avec le phylloxéra, puceron ravageur de la vigne,, ce sera le coup de grâce pour l’activité portuaire. L’arrivée du chemin de fer en 1859, ruine le commerce maritime. Les grandes tartanes restent en rade. La seconde mort de Bandol ?
Non, sous l’impulsion de quelques vignerons avant-gardistes, le vignoble arraché, replanté, amélioré, se lance dans la recherche de la qualité. Bandol devient l’un des précurseurs du concept d’Appellation d’Origine Contrôlée. En 1941, ses vins, avec deux autres, deviendront la première AOC de France.
300 TONNELIERS À 200 TONNEAUX
Mais, malgré la renaissance du terroir d’appellation Bandol
qui s’étend autour de la Cadière et du Castellet, la vocation maritime de la ville ne trouvera plus de quoi se déployer. Sauf à travers le yachting auquel se livrent les riches vacanciers qui commencent à affluer vers la Côte d’Azur.
Le chemin de fer amène Thomas Mann, Aldous Huxley, Marcel Pagnol, Catherine Mansfield, Raimu… En 1923, Bandol est classée "station climatique". Le port offre son abri à des navires jusqu’à 200 tonneaux. Il accueille aujourd’hui plus de 1.600 bateaux, voiliers et yachts à moteurs de toute taille. Deux projets en cours : regrouper sur un même quai les barquettes, bettes et autres pointus traditionnels, réaménager un autre quai pour les grosses unités de croisière.
Alors, vous qui passez près des tourelles rouge et noire de la Fourmigue ou jaune et noire de la Cride qui en jalonnent l’approche, pensez à la devise de la ville, donnée par Ange Boyer de Foresta : "Dux est navigantium securitas" ("le guide est la sécurité du voyage"). Bandol aurait pu aussi bien avoir celle de Paris : "Fluctuat nec Mergitur", "tangue mais ne coule pas " !
Guy Brevet
Christophe Naigeon

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