Le Grau d'Agde, entre crue, tempête et croisière
Le Grau d'Agde, station balnéaire et estuaire de l'Hérault
Le Grau d'Agde, village de pêcheurs puis station balnéaire qui s'est développée à l'embouchure de l'Hérault, a encore en mémoire une tempête d'il y a plus de 1.500 ans![]()
A un peu moins de trois milles à l'ouest de l'îlot de fort Brescou vous pouvez difficilement rater l'entrée du Grau d'Agde. Les deux phares jumeaux que l'on croirait faits en pâte à modeler blanche en sont les repères évidents, plantés comme des chandeliers
au bout de deux digues construites en blocs de roches sombres qui rappellent le passé volcanique des lieux.
La passe n'est pas une simple entrée de port. C'est l'estuaire de l'Hérault, qui prend sa source au Mont Aigoual et sait se montrer violent. Généralement, ses crues surviennent pendant les "moussons" d'automne et de printemps, lorsque l'air chaud et humide de la mer rencontre les terres froides de l'intérieur. Or, ce vent d'est à sud, chargé de pluie, le "marin", crée aussi de fortes houles qui peuvent rendre dangereuses les entrées de port. Dans le Grau d'Agde, si un fort courant sortant de l'Hérault vient à s'opposer à un train de houle entrant, mieux vaut ne pas chercher à passer.
UNE CROISIERE A REMONTER LE TEMPS
Par beau temps, en revanche, entrer dans le Grau ne présente aucune difficulté. Le courant est faible.
Attention cependant, les berges ne sont pas accores. Observez la manière qu'ont les barques de s'amarrer sur la rive droite : elles utilisent des pontons ou des perches qui les tiennent à distance des digues de basalte. Sachez aussi qu'il n'y a que très peu, voire pas de possibilités de s'amarrer sur l'Hérault. Et pour en finir, à partir de seize heures rentrent les chalutiers devant lesquels il vaut mieux ne pas se trouver en travers au milieu du chenal
Cela dit, c'est une expérience dont on se souvient : vous allez faire une petite croisière dans le monde balnéaire du début du XXe siècle. Sur la rive gauche (dans le sens du courant), c'est le bourg des pêcheurs avec ses guinguettes sur pilotis, ses villas délicieusement kitsch, ses couleurs, son marché le Grau d'Agde a un charme fou. Et, de l'eau, on a tout le plaisir des yeux en toute quiétude pour ceux qui préfèrent les bains de mer aux bains de foule. Mais celle qui déambule sur le quai est plutôt bon enfant, à l'image de la station.
Sur la rive droite, les maisons s'étendent moins profondément dans les terres pour laisser la place à une splendide forêt plantée de pins et de tamaris, d'où son nom de Tamarissière. Réalisée à la fin du XVIIIe siècle par un ingénieur du nom de Grognard son but était de fixer le sol et d'empêcher l'ensablement de l'embouchure. Au début du XXe siècle, le bois couvrait près de cinquante hectares. Réserve de chasse privée, c'est un lieu public depuis 1905 et maintenant un site historique classé. S'y est développé un petit village balnéaire, entre le port et la plage, où règne le calme. En tout cas dès que le lancinant charivari des cigales et des goélands s'apaise !
CRUE + TEMPETE = INONDATION
Poursuivez vers le nord en remontant l'Hérault comme le faisaient 600 ans avant J.-C. les grands navires phocéens qui fondèrent Marseille et Agde. Car les deux cités ont les mêmes origines et ont connu, à l'époque, une belle prospérité. Evidemment, le situation du port de Marseille lui a permis un développement ultérieur que le Grau d'Agde ne pouvait assurer, mais, du temps des caboteurs grecs chargés d'amphores, l'Hérault était un port bien suffisant pour que la ville d'Agde connaisse son heure de gloire économique et culturelle.
A moins d'un demi mille depuis l'entrée dans la passe, vous pourrez apercevoir sur tribord une église blanche récente dont l'architecture n'a rien de remarquable. C'est le Sacré-Cœur du Grau, à ne pas confondre avec Notre-Dame du Grau, l'ancien sanctuaire fondé dans l'Antiquité et dédié au à la vierge Marie.
Le site religieux intéressant est invisible des berges, c'est la chapelle de l'Agenouillade, en souvenir d'une prière qui sauva la ville d'une terrible inondation : vers 450, un coup de "marin" particulièrement fort fit remonter la mer de près d'un kilomètre dans les terres et bloqua l'écoulement de l'Hérault qui se répandit dans cette zone basse. Tout semblait perdu lorsque la Vierge, agenouillée sur un rocher, apparut à un moine en prières. L'ouragan se calma. Les eaux se retirèrent. Mais, dans la roche, est restée imprimée la trace des genou de Marie.
A la fin du XVIe siècle, fut créé là un couvent et une chapelle dont le nom est associé au souvenir très vif du miracle de la tempête : Notre Dame de l'Agenouillade. A l'intérieur se trouve le rocher portant l'empreinte de la vierge. Ces églises sont devenues des hauts lieux de pèlerinage sur les chemins de Saint Jacques de Compostelle.
La Révolution française détruisit tous ces sanctuaires et il faudra attendre le XIXe siècle pour que soit reconstruite une église, l'actuelle Notre Dame du Grau, en pierre sombre, devant laquelle se disputent aujourd'hui d'interminables parties de pétanque.
Maintenant, continuez de remonter l'Hérault jusqu'à Agde (attention, tirant d'air de 10 m sous le pont !). Vous croiserez de bien étranges bateaux amarrés, des constructions d'amateurs jamais terminées, des rêves de navires magnifiques perdus dans les roseaux des berges.
Christophe Naigeon

















