Caboteurs curieux et gourmands, Bouzigues vous attend!
Escale à Bouzigues : petit port, grand régal !
Vous passez les ponts de la Pointe Courte à Sète et entrez dans le bassin de Thau. A moins d'une heure de là, faites une première escale à Bouzigues. Un tour en ville et mettez-vous devant une table à huîtres !![]()
Bouzigues ! Un nom qui fait rêver et saliver à la fois. Celui d'un village comme un romancier aimerait en inventer pour faire "Sud", celui d'un grand cru d'huîtres qu'on remercie chaque jour les marins Phocéens d'avoir apporté ici, même si cela n'est pas bien certain.
Ce qui est sûr, c'est que la fameuse et unique conchyliculture bouzigote y a été mise au point au début du XXe siècle et a démarré à grande échelle après la seconde guerre mondiale. Le traditionnel ramassage de clovisses et de palourdes en apnée par six à huit mètres de fond a incité quelques précurseurs à se lancer dans l'ostréiculture et innovation également importante l'aquaculture du loup.
DEUX FOIS MERCI, LES GRECS !
Après le déclin de la viticulture autre apport des Grecs ! l'élevage de l'huître a sauvé le bassin de Thau.
Aujourd'hui, d'où que vous veniez, Bouzigues se signale derrière la géométrie transparente des tables ostréicoles auxquelles sont suspendues de longues cordes où sont fixées les huîtres (voir l'encadré). Contrairement à celles de l'Atlantique, les "Bouzigues" ne sont pas mises à l'air par la marée basse. Jamais privées d'eau et de nourriture, elles grossissent trois fois plus vite, sans forçage. Les ressources nutritives du bassin, la qualité et les écarts de salinité de son eau (voir l'article p 4 et 5) n'y sont pas non plus pour rien. Thau exporte son naissain vers tous les autres bassins conchylicoles français.
Mais Bouzigues crée plus d'envies qu'il ne lui est possible d'en satisfaire. Les plus de 2.000 tables ostréicoles du bassin de Thau ne suffisent pas à combler la demande. Même si on ajoutait la production de Leucate. Heureusement, il y a la pleine mer. Les caboteurs le savent : entre le Cap d'Agde et Sète, ils doivent s'écarter à plusieurs reprises de la route directe pour contourner les grandes fermes conchylicoles. Ils savent qu'en dehors des passages balisés, la navigation y est non seulement interdite mais dangereuse du fait des nombreuses bouées et bouts flottants.
UN QUAI PLUS QU'UN PORT
Le village de Bouzigues est bien visible le long d'une falaise, derrière les tables dont vous longez le coté Est. 
A l'ouest, le capharnaum de pontons, de grues, de tapis roulants et de cabanes assez incompréhensible vu de loin, signale la zone technique des conchyliculteurs. Deux courtes jetées s'avancent sur l'étang ouvrant sur deux passes : à droite, le bassin de pêche et des petites embarcations à moteur, à gauche le mini port de plaisance et un ponton central.
En règle générale, il n'y a pas de place pour accoster autrement qu'à couple d'une pénichette le long du quai sur la gauche par 1,80 m d'eau en moyenne. Un ponton flottant à l'extérieur augmente la capacité d'accueil en belle saison.
Il s'agit plus d'un quai que d'un port. Ici, dans les pires moments, la tempête ne lève jamais d'énormes vagues. Grâce à la pointe de Balaruc, Bouzigues est mieux abrité du clapot d'Est à Sud-Est que Mèze et Marseillan. Pour les pêcheurs et les conchyliculteurs, la nécessité de créer d'importantes infrastructures portuaires ne s'est pas faite sentir.
Cependant, le "port" de Bouzigues a profité de l'âge d'or du commerce de la vigne. A partir de 1671, les Bouziguauds s'unirent pour construire un premier quai et creuser sur 80 m de long pour accueillir les bateaux chargés des barriques qui s'échangeaient ici.
En 1682, fut entreprise la construction de deux jetées, à l'Est et à l'Ouest, pour protéger le quai du vent marin. Dix ans plus tard elles furent allongées et consolidées. Encore davantage en 1820 et 1840. Mais comme les autres ports commerciaux du bassin, l'activité de transport vinicole par voie maritime s'effondre à la fin du XIXe siècle avec les arrivées successives du phylloxéra, du train, des transports routiers.
LES HOMMES DES TAVERNES
Maintenant, les barques plates les sapinous filent à toute la vitesse de leur hors-bord vers leur propre quai plus à l'ouest.
L'engouement pour la plaisance dans les années 70 a poussé à un curage du port autour de deux mètres pour accueillir une dizaine de pénichettes et offrir quatre-vingts anneaux d'amarrage.
Les premiers habitants de Posygium ou Bosygium ou "terre-en-friche", l'ancien nom de Bouzigues, nichaient dans des grottes naturelles aménagées dans la petite falaise qui borde toute la rive de Bouzigues. Aujourd'hui tout le long de la rive au pied des anciennes grottes les ostréiculteurs, devenus hommes des tavernes, ouvrent des lieux de dégustation, restaurants plus ou moins finis, plus ou moins sophistiqués, mais souvent bien sympathiques où il convient, en toute saison, de retenir sa place ! Car dès qu'apparaît un rayon de soleil hivernal, les Montpelliérains viennent ici en terrasse déguster leurs plateaux.
Et l'été, le musée de l'Etang de Thau, à deux pas du quai d'accueil, la beauté du site et sa renommée n'attirent pas que les caboteurs gourmands et curieux que nous sommes !
Claude Roger











