Destination : Bassin de Sète - 4ème jour ... SUITE
Saint-Clair : le culte de Marie
Le culte de la Vierge se développe à partir de 1830. Douée d’ubiquité, elle apparaît à Lourdes, à Paris et dans un hameau des Alpes, à la Salette, où se précipite Gaffino, doyen de la Décanale. À son retour, il rêve de faire bâtir une basilique sur les terres qu’il a acquises auprès du proconsul Émile Doumet (Doumet, est l’homme qui “a mis l’eau sur la table des sétois“ en décidant de l’exploitation de la source d’Issanka, à 12 kilomètres. À sa mort en 1869, toutes les fontaines porteront le crêpe noir). Gaffino idolâtre la Vierge. Il en fait hisser une au Saint-Clair – toujours à sa place sur la borne géostationnaire – et sur le clocher de la décanale Saint-Louis. Il organise dans la foulée un pèlerinage chaque 19 du mois. Sète est “riche en pauvres et pauvre en riches“ comme il aime à le répéter en imposant à la population ouvrière désormais importante (12.000 habitants en 1836) ces processions thématiques diverses dont une, particulièrement appréciée, pour les vendanges. C’est ainsi que le culte marial a détrôné celui de Saint-Clair et du Saint-Christ.
Baraquettes avant les villas
Une nouvelle population ouvrière a investi le port et le Saint-Clair à partir de 1810 (presque 7.000 habitants) et rassemble paysans cévenols, rouergats, provençaux et nîmois, venus se reconvertir aux métiers du port : portefaix, tonneliers, charbonniers charretiers quand celui-ci prend un nouvel élan. Hommes de la terre, on les voit défricher, épierrer et fixer les restanques (terrasses) qui retiendront la terre soumise aux fortes pluies saisonnières qui lessivent la colline rase. Quate cent trente propriétaires se partagent les hauts du mont Saint-Clair presque entièrement cultivé. Sept cabanes servent à entreposer les outils et à s’abriter des intempéries. En 1824, cinquante-deux pavillons d’agrément, de simples habitations avec tonnelle, un “maisonnage“ juridique (construit sur le lieu de travail et loué contre engagements) complètent cet ensemble. C’est l’avènement de la baraquette populaire (baracca en occitan signifie pierresèche). De tels travaux creusaient l’appétit. On pouvait le satisfaire grâce à une autre baraquette, un pain blanc de 1,2 kilo vendu dans toutes les boulangeries de la ville. La baraquette est d’abord le lieu de rassemblement des hommes. Les familles aux beaux jours, dès la floraison des amandiers et le dimanche investissent cette montagne magique où dominent convivialité et entraide. On y buvait l’anisette pour laquelle il avait fallu porter l’eau (qui n’y sera courante que dans les années soixante) et, l’après-midi, les gamins s‘égayaient par les chemins de la corniche, les escaliers sans fin qui descendent vers la plage du Saint Christ, ce petit banc de sable du môle, alors que les hommes entonnaient avant la sieste les chants traditionnels. Point de mariage, de baptême ou de communion qui n’ait connu la baraquette. En 1906, une boutique de la ville proposait en réclame pantalons, gilets et chemises pour baraquette, comme à Saint-Tropez, Vachon habillait les estivants à la descente du train en tenues tropéziennes... Le Saint-Clair ne connaît plus ce joyeux charivari populaire, les baraquettes ne sont plus.













