Destination Québec ... 1er jour Rimouski
PREMIER JOUR : RIMOUSKI, ON TRAVERSE L’ESTUAIRE
chapo
Tout a commencé par la route. Avec deux trains par semaine, mieux valait faire en voiture les quelque 350 kilomètres de Québec-ville à Rimouski. D’autant que si l’on ne prend pas l’autoroute 20 pour préférer la Route 132 qui longe la rive Sud du Saint-Laurent, on traverse une jolie succession de villages au bord deBien arrivés au port de Rimouski l’eau, entre exploitations agricoles et chalets pieds-dans-l’eau, avec des maisons en bois peintes de couleurs déjà nordiques, c’est-à-dire d’une folle palette.
Temps radieux à Rimouski. L’ancienne ville en bois a presque totalement brûlé dans les années cinquante à cause d’in incendie dans une forêt un peu trop proche, mais la ville reconstruite a tout de même un charme tout droit sorti de notre imaginaire nord-américain : rues larges, végétation omniprésente, maisons en briques peintes de vif, ou en bois avec terrasses à rocking-chair, petits immeubles, petites galeries marchandes abritées pour les rigueurs de l’hiver...
UN PHARE, UNE CORNE, TROIS MUSÉES
Vue sur la baie de Rimouski
Avec la marée qui descend, la longue promenade du “front de fleuve” qui n’en est déjà plus tout à fait un, laisse découvrir une berge plate couverte d’herbiers marins et une impressionnante quantité de cailloux affleurants qui font froid dans le dos à tout navigateur. Mais aucun ne se risque si près du bord et le voilier que nous voyons s’approcher rentre prudemment dans le port, la “marina”, bien abrité par la haute et longue digue du port de commerce où s’approche notre bateau, le Bella Degagnés.
De ce bateau sur lequel nous allons vivre sept jours, nous vous reparlerons. En attendant notre embarquement prévu vers 20 heures et notre départ deux heures plus tard, nous poussons à quelques kilomètres de là vers l’aval, à la Pointe-au-Père, haut lieu de l’histoire maritime québécoise.
D’abord, un phare qui se visite et offre une très belle vue sur la baie de Rimouski et l’estuaire, et une “maison de la corne de brume”, mini-musée qui montre bien les moyens employés pour envoyer des signaux sonores aux bateaux qui ont perdu la vue : canon, explosifs, énormes cornes que l’on sonne avec des compresseurs impressionnants.
Un musée tout neuf, inauguré pour le 100e anniversaire de la Grande Guerre, raconte la vie dans les provinces maritimes dans ces années-là, mais, pour les marins, le plus impressionnant est sans aucun doute le musée consacré au Empress of Ireland, qui fit naufrage devant Rimouski quelques mois avant le déclenchement de la guerre de 1914. Éperonné par un cargo un soir de brume, ce “Titanic canadien” a coulé en moins de deux minutes, faisant un millier de victimes. Mais l’histoire allait offrir aux journaux d’autres événements. Et ce navire sombra une seconde fois... dans l’oubli. Des recherches d’archéologie sous-marine ont permis re recueillir assez d’objets pour faire une exposition passionnante.
UN SOUS-MARIN DE LA GUERRE FROIDE
L’autre curiosité est un sous-marin de 90 mètres, le Onondaga désarmé dans Sous marin de la Guerre Froide à Rimouskiles années 2000 après avoir joué son rôle dans la Guerre froide. La visite audio-guidée en vaut la peine, ne serait-ce que pour nous confirmer que la vie à la surface de la mer est quand même nettement préférable : promiscuité, étroitesse de toute chose, confinement, silence absolu dans les moments de danger... Il faut aimer.
Le soir venu, il est temps de nous rendre sur le quai d’embarquement. Sous les projecteurs oranges, la grande grue du Bella Desgagnés charge les conteneurs sur la moitié arrière du bateau réservée à la cargaison. Il va ravitailler les ports de la Basse-Côte Nord du Saint-Laurent, dont certains villages qui n’ont pas de route d’accès. Autant dire que ce bateau est vital et que sa mission est plus publique de touristique. Jusqu’à Blanc-Sablon, son terminus à la frontière du Labrador, à deux pas de Terre-Neuve, il est – sauf pendant trois mois de gel intense qui rend la navigation impossible entre janvier et fin mars – il est partout attendu avec impatience, une fois à l’aller, une fois au retour, dans sa rotation d’une semaine de Rimouski à Rimouski.
UN BATEAU TOUT NEUF
Paquebot au large de RimouskiLes passagers embarquent par la coupé. Nous sommes moins de dix, sur ce bateau tout neuf, qui remplace un prédécesseur mythique, le Nordik Express, folklorique mais bien fatigué. Le Bella Desgagnés, mis en service il y a un an et demi, peut maintenant embraquer 381 passagers dont 160 en cabines. Les autres voyagent dans des salons à sièges-couchettes fort confortables pour une nuit ou deux, ce qui est souvent le cas, dans cet “autobus” de la côte Nord.
Nous reparlerons de ce bateau et de cette compagnie de navigation. Pour l’instant, on regarde les lumières de Rimouski s’éloigner. Le Bella glisse dans un silence total sur une eau à peine agitée par un petit vent de sud-ouest qui suit le cours du Saint-Laurent. C’est parti pour 11 h 30 de traversée jusqu’à Sept-Îles, la première escale de la Basse-Côte Nord du Saint-Laurent, sur les traces de Jacques Cartier.
Textes et photos de Djinn et Christophe Naigeon
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