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Bons baisers de l'Île de Sein

Île de Sein, mère courage !

 L'Île de Sein vue du ciel

 

 

Entourée de récifs traversés par de violents courants, battue par les tempêtes et balayée par les vagues, l’île de Sein sait aussi se parer de ses habits de lumière. Ses habitants, au caractère bien trempé, ont su avancer contre vents et marées.  De loin, il ressemble à une aiguille étincelante plantée dans l’immensité bleue. Haut de cinquante mètres, le phare de Sein se repère bien avant l’île, si petite et si plate, recouverte par les vagues lors des tempêtes d’équinoxe.

 

Le quai des Français libresNous sommes partis de Brest, laissant derrière nous le goulet, la pointe de Pen Hir et le rocher du Lion  ressemble plutôt à un gros iguane. Puis nous avons fait route au 220° pour aborder Sein par le chenal nord.  Le phare est désormais visible à l’oeil nu et les toits d’ardoise noirs se distinguent à la jumelle. Le bateau est fortement secoué. Nous sommes à proximité de l’îlot de Tévennec, dans les puissants courants du Raz de Sein. « Nul n’a passé le Raz qu’il n’encourût crainte ou trépas. » Comme en écho, résonne un autre proverbe de sinistre mémoire de marin : « Qui voit Sein, voit sa fin. » Et, comme dans l’oeuvre d’Henri Queffelec, défilent les images des ligneurs de bar, risquant leur vie dans l’amas de récifs de la Chaussée de Sein, et celles des processions de veuves, à la messe du matin, craignant bien davantage Dieu que le Diable. Le Diable, nul ne l’ignore ici, vient mugir nuit et jour dans les ruelles tortueuses du village.


Nous piquons sur Cornoc-an-ar-Braden, la bouée verte d’entrée du chenal. Moteur démarré, grandvoile affalée et génois enroulé, nous progressons à 4 noeuds, instructions nautiques en mains. Dans sa prose inimitable, elles recommandent de « tenir serré l’alignement à 187° du trait noir sur la façade blanche d’une petite maison que l’on masque par la tour du phare de Men Brial pour parer les roches affleurantes jusqu’à la tourelle de Guernic dans l’entrée du port qu’on laisse sur tribord. » Un joyeux troupeau de dauphins accompagne notre petit catamaran jusque dans le chenal du port, bordé d’une digue massive, protégeant le village des coups de boutoir de l’océan. N’ayant que soixante centimètres de tirant d’eau, nous avons décidé d’aller échouer tout au fond, en face du quai des Français Libres. Libres, ils l’étaient ces cent vingt-huit pêcheurs de l’île qui prirent la mer dès le 19 juin 1940 pour rallier Londres. Ils représentaient alors le quart des combattants  venus rejoindre Charles de Gaulle. Le général s’était exclamé : « L’île de Sein est donc le quart de la France ! » Une fierté restée ancrée dans le coeur des Sénans.

 

Tigaki-notre-petit-catamaran-au-milieu-des-bateaux-de-pecheursLorsque le gros temps empêche la vedette d’Audierne de passer, ils disent que le continent est coupé de l’île. Pour l’heure, il fait très beau en ce dimanche de septembre et Sein présente un visage tropézien. Pas de tristes maisons grises mais de pimpantes façades jaunes, roses et bleues, des corbeilles de fleurs accrochées un peu partout et de grands fauteuils d’osier aux terrasses des bistrots. Pas de femmes toutes vêtues de noir mais des flâneurs en marinière à rayures, des enfants sur la cale, se défiant en concours de plongeons, et de gros chiens îliens, sans laisse ni collier, promenant alentour un regard placide.  Le dernier bateau à passagers décolle du quai, emportant des grappes de touristes. C’est le moment de débarquer dans le village redevenu presque désert. Pour offrir moins de prise aux rafales de vent chargées de sable, les maisonnettes sont resserrées. Les rues, très étroites, forment un véritable labyrinthe. Les jardinets s’offrent à la vue, avec une profusion de fuchsias et d’agapanthes. Ici où là, un bois flotté, une bouée de sauvetage orange, des coquillages soulignent l’omniprésence de la mer. D’après les historiens, les premiers habitants de Sein
furent des naufragés. Ils y survécurent en devenant eux-mêmes des naufrageurs. Ils récupéraient ainsi tous les trésors des navires drossés sur la barrière d’écueils : nourriture, bois de chauffe, ustensiles, armes, matériel de pêche… Des épaves, il y en a des centaines d’ensevelies tout autour de l’île.

 

En 20 minutes à pied, nous sommes parvenus dans son extrémitéouest, admirer un coucher de soleil flamboyant. Direction le RazLà-bas, derrière le phare d’Ar-Men, c’est l’immensité océanique, la longue traversée jusqu’aux Amériques.  Ils sont nombreux les Finistériens qui ont emprunté cette route, partis au loin gagner leur croûte ! Des îles exotiques, ils ont ramené des épices encore utilisées dans le fameux ragoût de homard de l’île de Sein : safran, curcuma, curry avec une pointe de piment de Cayenne. Et aussi, des oignons, des carottes, un poireau, de l’ail, des pommes de terre, un peu de cognac. La chair du crustacé est intimement liée à la julienne de légumes, le tout arrosé de bouillon. Pas de vin blanc, surtout, pour accompagner cette recette à la fois délicate et relevée mais un bon Bourgogne rouge. Solidement lestés, nous regagnons le bord. La matinée du lendemain, nous la consacrons à la visite du petit musée du sauvetage, installé dans l’ancien abri du canot de sauvetage de la SNSM. Nous y rencontrons François Spinec, ancien marin pêcheur, patron du grand canot tout temps Ville de Paris. Il a 65 ans et il est sauveteur bénévole depuis ses 19 ans. Il a connu le premier canot à moteur de Sein, le Vice amiral Touchard. Auparavant, les bateaux de sauvetage se menaient aux avirons et à la voile par des hommes engoncés dans leur ciré d’épaisse toile huilée. Et ils en ont sauvé des vies, ces courageux insulaires ! Ainsi, de 1617 à 1763, ils se portent au secours d’un vaisseau de ligne, d’une frégate, de deux corvettes, d’un lougre, de trois embarcations de commerce transportant 500 hommes, d’un vaisseau de guerre fracassé sur l’îlot de Tévennec avec 1 500 hommes d’équipage. 700 d’entre eux seront récupérés et vivront quelques mois dans l’île, partageant, en ces temps de disette, l’ordinaire du menu des Sénans : algues et berniques.

Mais le sauvetage le plus spectaculaire a lieu le 18 septembre 1835 : quatre îliens, encordés les uns aux autres, forment une chaîne humaine et sauvent les huit naufragés d’un brick anglais. Au XIXe siècle, avec le développement du commerce maritime, les phares Ar Men, Tévennec, La Vieille et Ile de Sein sont érigés pour parer les dangers. Mais aujourd’hui, même avec le GPS et les logiciels d’aide à la navigation, il convient d’aborder les lieux avec prudence, par beau temps et de ne pas s’y risquer en cas d’opposition entre vents et courants, qui lèvent toujours des lames très dures. À nous de bien calculer la marée, avant de quitter ce bout de Finistère, cette terre, certes, âpre et rude, mais cette île mer courage à l’âme si riche et si émouvante.


 

Anne Bergogne

AR-MEN, LE PHARE HÉROÏQUE
AR-MENSitué à l’ouest de la Chaussée de Sein, sa construction fut une épopée. Jusqu’à son automatisation en 1990, les gardiens le considéraient comme un enfer parmi les enfers. En breton, Ar-Men veut dire la Pierre, quintessence de   tous les récifs et de tous les écueils. C’est un caillou de 15 mètres sur 7, de 105 mètres carrés à marée basse, mais entièrement submergé dès que les vagues se lèvent. Autrement dit, presque toute l’année. En 1861, les ingénieurs de la Commission des phares entreprennent d’y débarquer. Trois tentatives, soldées par trois échecs. Ils n’arrivent même pas à poser le pied dessus. Les travaux commencent en 1867. Les constructeurs ont apprivoisé les Sénans et quelques pêcheurs leur prêtent main-forte. Ils commencent par forer des trous de 30 cm dans la roche et par y enfoncer des tiges de fer destinées à jouer le rôle de bittes d’amarrage pour les embarcations, à permettre aux hommes de s’attacher en cas de submersion et servir à fixer les scellements pour la base de la future tour. La première année, huit hommes réussissent à débarquer sept fois, pour travailler huit heures et forer quinze trous !

« Dès qu’il y avait une chance d’accoster, deux hommes descendaient sur la roche, munis de leur ceinture de sauvetage, s’y cramponnant d’une main, tenant de l’autre un marteau et travaillant avec une activité fébrile, incessamment couverts par la lame qui déferlait par-dessus leur tête. Si l’un d’entre eux était entraîné par la force du courant, sa ceinture le soutenait et une embarcation allait le repêcher pour le ramener au travail », note l’ingénieur Joly, qui dirige les travaux. Bon an, mal an, la construction se poursuit et, à partir de 1869, la tour commence, lentement, obstinément, à s’élever. Chaque année, elle gagne quelques mètres. En 1881, le feu de la Chaussée de Sein est allumé. La construction du phare a pris quatorze ans, avec 404 tentatives d’accostage, 113 échecs et 291 débarquements ayant duré de quelques minutes à quelques heures, volées aux vagues et aux courants.

Cabotages magazine, créateur du Nautourisme, revisite le nautisme et le tourisme côtiers en Méditerranée
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