Du sable jusqu'au port de Carnon, que du "naturel"
Un abri sûr entre dunes et potagers
Carnon, port accueillant pour les bateaux, cultive son littoral et son arrière-pays. En sauvant ses dunes et en soignant son agriculture, il joue une carte verte qui vaut de l'or.
Palavas a sa tour restaurant panoramique, Carnon sa grande roue, encore plus tournante, plus lumineuse.
De nuit et de loin, c'est un bon amer.
De près, attention, c'est une lanterne de naufrageur : foncez droit dessus, vous finirez sur la plage. Il faut chercher, un demi mille à l'ouest dans les lumières de la ville, les feux rouge et vert de l'entrée balisée aussi par le au grand immeuble clair planté au débouché du chenal
.
Les immeubles qui entourent le bassin de la plaisance et qui vont vous abriter des vents de terre ne sont pas les habitations balnéaires "historiques" de Carnon. Le paysage urbain typique, c'est l'alignement de "Villa Mon Rêve" d'après-guerre le long des belles plages du Travers ourlées par une dune.
Avant, il n'y avait que quelques cabanons de pêcheurs installés le long du grau naturel entre mer et étang, transformés en résidences de vacances. On en trouve encore au bord des canaux.
LE SABLE VAUT DE L'OR
Si vous êtes arrivés par l'Ouest, vous avez observé de nombreux "épis" le long de la côte. Si vous êtes venus par l'Est, vous avez longé le plus ancien parc de "ganivelles" du Languedoc. L'un comme l'autre sont des moyens de retenir le sable, de préserver l'environnement littoral,
gagne-pain des stations d'été. Plus de plage, plus de sous aujourd'hui, toutes l'ont compris et investissent dans l'économie verte !
De moins en moins riche en alluvions pour cause de domestication croissante et de bétonnage des berges, le Rhône et le courant ligure (voir cabotages.fr) ne rechargent plus les côtes en sable. Alors, le peu qui reste, les stations font tout pour se le garder
Carnon, en plantant des claies faites de piquets de châtaignier il y a déjà une vingtaine d'années, a été pionnière. Disposées en casiers sur les dunes, les "ganivelles" présentent un double avantage : elles interceptent le sable transporté par le vent et préservent la dune contre le piétinement en partie responsable de la disparition de la végétation. Et ça marche. Un premier étage de ganivelles a été souvent recouvert de sable et un second a été réinstallé par dessus. Maintenant, d'Argelès à Port Camargue, leur géométrie fait partie du paysage.
DE L'OR VERT CAROTTE
Vous entrez maintenant dans l'avant-port, tellement grand qu'il sert de plan d'eau pour les flottilles d'Optimists de l'école de voile
. Puis vous embouquez le canal dans lequel il peut y avoir jusqu'à deux nœuds de courant. Pas d'amarrage le long des berges : c'est le port de pêche, petit mais qui offre tous les matins ses produits frais aux estivants, habitants et restaurateurs de Carnon.
Au bout à droite, quai d'accueil, gazole et capitainerie. Alors, le grand bassin s'offre à vous. Vous en remarquez aussitôt l'eau verte comme dans une piscine qui aurait "tourné". Ne vous y méprenez pas, elle n'est pas sale, seulement très riche en éléments organiques, micro algues, plancton et toutes sortes de végétaux qui adorent les eaux très saumâtres.
Car, contrairement à Palavas et à beaucoup d'autres, le port n'est pas gagné sur la mer mais sur l'étang de l'Or (ou de Mauguio), non navigable, dans le déversoir duquel il se trouve. D'où la vitesse du courant et la couleur très végétale de l'eau.
Couleur qui a bien plus à voir avec le nom de l'étang de l'Or qu'on pourrait le croire. Cet "Or" n'est pas jaune mais vert : estanh de l'Art en occitan signifie "étang du jardin". Tout s'explique : la plaine de Mauguio (commune de rattachement de Carnon) est le potager du Montpellierais. Ainsi, en plus des poissons frais, vous y trouverez d'excellents légumes.
Vous vous amarrez à la place qu'on vous a assignée, entre les piquets. Côté Ouest, vous êtes au calme mais vous devez marcher un peu, côté Est, vous êtes dans la joyeuse animation des quais. Mais toujours sur une eau calme, civilisée comme ce qui vous entoure, pur produit des grands aménagements imaginés dans les années soixante.
Le port voit le jour en 1970 et devient le nouveau centre ville, les immeubles y poussent comme des champignons, la population, de 3.000 permanents, décuple l'été. Port de plaisance et plage des Montpelliérais, Carnon s'éveille dès que brille le soleil, même en hiver. Et vous, en sens inverse, vous trouverez facilement un transport public pour aller visiter la "capitale", à deux pas.
Claude Roger

















