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Destination Charente Maritime - 1er jour

LA ROCHELLE-RÉ PAR LE PERTUIS BRETON

 

Entrée du Port de la RochelleMarée oblige, le quai des Dames s’agite déjà quand Patrice et Brigitte Hyppeau nous accueillent à bord de Coppelia, costaud bateau de travail et élégant voilier de 1952, très profondément reconstruit et réaménagé pour la petite croisière, pimpant dans sa robe blanc bleu, dont le moteur - un 6 cylindres MWM de 70 cv de 1950 - chante joliment pour nous sortir du bassin, ce qui ravit l’oreille de son capitaine, grand amateur d’opéra. Comme les 107 vieux gréements encore un état de naviguer en Charente-Maritime pour le plaisir de ceux qui les barrent ou qui les regardent, Coppelia a eu une intense vie professionnelle. Avant de recevoir son gréement aurique actuel (elle n’avait qu’un mât de charge), c’est à la force de son hélice qu’elle transportait allègrement  jusqu’à 12 tonnes, produits de la mer ou enrochements.

 

Nous doublons la sortie du port des Minimes, la balise Richelieu d’une couleur inévitablement cardinalesque. Une nuée de voiles cinglent en direction du pertuis d’Antioche, le plus fréquenté des trois pertuis du bassin charentais, entre Ré et Oléron. Maumusson, entre Oléron et la côte sauvage de la Tremblade, est difficile. Celui que l’on dit Breton, au nord de Ré, pourrait aussi bien s’appeler Vendéen. C’est vers lui que nous faisons  route, laissant loin sur bâbord le phare du bout du monde.

 

Patrice, avec ses vingt ans de Marine nationale et sa longue carrière aux Phares et Balises, ne regarde pas cette copie d’un entretien ruineux du fameux phare de Patagonie avec les yeux des touristes, ces Baignasoutes, comme disent les indigènes qui se désignent eux-mêmes comme des culs salés...

Nous laissons à tribord le bassin de pêche et longeons le port de commerce de la Pallice. Devant, l’Abeille Languedoc fait ses derniers ronds avant de gagner les eaux bretonnes où ses talPont de Réents de remorqueur de haute mer seront mieux et plus souvent employés.

 

Le pont de Ré ! Pendant le court instant où il offre sa perspective en longueur, il est presque aussi beau - mais plus long de 600 mètres - que le pont de Millau. Ouvert à la circulation en mai 1988, il relie, du lieu dit de La Repentie, La Rochelle à la pointe de Sablanceaux. Là, devant le premier bourg - sans port - de Ré, Rivedoux-plage, des dizaines de bateaux sont au mouillage. On pouvait autrefois voir dans cette petite baie des globicéphales et des tortues luth. Un peu plus loin, un amer historique : l’abbaye cistercienne des Châteliers, ou Notre-Dame de Ré, construite en 1156, saccagée par les Huguenots et peinte en rayures noires et blanches pour en faire un repère pour les marins, comme l’église d’Ars en Ré, qui a gardé sa pointe noire et sa fonction d’amer marin.

 

La croisière se poursuit paisiblement sur les eaux du pertuis Breton, couleur de jade. La brise de marée forcit un peu et Coppelia accélère vent de travers sous ses trois voiles, gîtant à peine, bien équilibrée grâce à son long bout-dehors.

La côte est plate, avec quelques intervalles de falaises calcaires, basses et blanches. C’est à peine si les superbes fortifications de Saint-Martin de Ré sont visibles. La totalité du front de mer de la ville est bordée de remparts. L’entrée est protégée par un éperon en té. Autrefois, comme à La Rochelle, une chaîne en fermait l’entrée. Le bassin est une couronne qui entoure un îlot et ne se referme pas. Quand on entre, on peut, à main droite, passer le pont tournant et l’écluse et trouver place dans la partie qui reste en eau. Au fond, les bateaux s’entassent en un bloc compact.

La partie gauche, à pontons flottants, convient aux faibles tirants d’eau. Dreyfus, Seznec et Papillon, qui embarquèrent ici pour le bagne ne goûtèrent pas la beauté formelle de la citadelle, aujourd’hui passage obligé de millions de touristes qui en font la fortune. Saint-Martin, diton, est le Saint-Tropez de Charente-Maritime. Bobo n’est pas bling-bling, le joli Tofinou, construit dans l’île, n’est pas un yacht, mais ici et là-bas la gravure marine est trop bien léchée pour convaincre. Alors, avec Coppelia nous faisons un rond dans l’eau du port et reprenons le large du pertuis Breton.

 

Départ de la presqu’île de Fouras pour le Pertuis d’Antioche à la pointe de la Fumée. Le quai d’embarquement connaît l’animation du matin. L’équipe de Fort Boyard embarque sur son propre bateau et les passagers se rassemblent sur le quai du bac public, le Pierre Loti. L’écrivain-voyageur, enfant de Charente-Maritime, n’oublia jamais son pays et sa dernière terre est à Saint-Pierre d’Oléron. Fouras est la position avancée vers l’île d’Aix, verrou stratégique pour la défense de Rochefort à l’entrée de l’estuaire de la Charente. Nous faisons route dans l’axe de Fort Boyard, doublant le très charmant Fort Enet, une des pièces de l’échiquier défensif. Voulu par Napoléon 1er, il fut construit en 1811 sur un îlot rocheux accessible à marée basse. Devenu propriété privée, il gardera pour nous tout son mystère.

 

Cap sur la petite île d’Aix, joliment corsetée dans ses fortifications. Son phare rouge (25,30 mètres pour une portée de 25 milles) est constitué de… deux tours. La plus à l’Est porte depuis 1889 un feu à secteur blanc, la seconde, dressée sept ans plus tard, porte l’écran du secteur rouge. Il est aujourd’hui automatisé mais sa dernière gardienne, Jaqueline Cochard - trente ans de service -, vit encore sur l’île minuscule où elle est née.

Sur son kilomètre carré et des poussières, Aix a 237 habitants. Onze des plus jeunes vont dans la classe unique de l’école. Son époux, poète et marin, Jean-Marcel Paul Cochard, autre figure des lieux est né à Chassiron, d’un père marin dans la Royale devenu gardien de phare. Il est des destins qui ne s’inventent pas. Chez eux, une photo dont l’original est à la Bibliothèque nationale, montre en 1926, après des jours d’une infernalL'Ile d'Aixe tempête, l’exfiltration paternelle par treuillage, du phare d’Ar-men, celui de la chaussée de Sein. Désirs d ‘îles…  Le sémaphore désormais aux bras ballants fut installé comme tant d’autres, à partir de 1807, par l’amiral Decrès, Ministre de la marine, pour renforcer le blocus atlantique.

 

Marée basse. Quelques bateaux de plaisance sont posés sur la vase au pied de la muraille dans l’oeil des canons. Ici, en 1816, régnait une autre effervescence.

Des gabarres pontées avaient remontées péniblement la Charente depuis Rochefort chargées de candidats au départ pour le Sénégal.

Violemment secouées par la houle, un brick, une flûte et deux frégates les attendaient à Aix. Le plus élégante était la Méduse. L’histoire se souvient surtout de son radeau. Les matelots, en plus de quantité de ballots et d’objets divers, chargeaient à bord des moutons vivants. Les voyageurs réalisaient soudain dans quelle promiscuité et quelle puanteur ils allaient vivre un mois  entier. Déjà, les puces attaquaient par milliers les bas blancs des femmes - honnêtes et moins respectables - qui partaient. Leur dernier repas à terre eût lieu à l’auberge Napoléon, nommée en souvenir de l’Empereur qui fut enfermé dans l’île après l’échec de Waterloo. Ils finirent comme ils avaient commencé, dans les vasières... au banc d’Arguin, en Mauritanie.Les fameux phares de l'Ile d'Aix

 

Le Pierre Loti est à quai. Commence le débarquement. Une noria de petites remorques montent la rampe d’accès, chargées de tout ce qui fait vivre l’île.

Deux ou trois voitures autorisées pour les tâches indispensables, sinon, une voiture à cheval et des dizaines de vélos pour le quotidien des autochtones ou le tour de l’île (11 kilomètres) pour les visiteurs. La brise pousse au large l’odeur de la marée basse, et, dès que l’on franchit les douves en eau, le cortège entre dans le domaine du fenouil sauvage et de la rose d’outre-mer. Cette fleur que l’accent d’ici a fait appeler trémière, a conquis tout le territoire depuis que Michel Bégon, gouverneur de Saint Domingue puis intendant de la Marine à Rochefort (1688), rapporta des Amériques, avec... le bégonia !

Cette ‘‘rose’’ sans épines et à longue tige est maintenant indissociable des maisons des îles d’ici. La mer a disparu derrière les remparts, mais il en reste la lumière, puissante et douce, comme filtrée par une opaline. Elle éclaire le grand champ de Mars, les maisons basses qui se serrent sur la butte, les chemins qui partent vers les bois et les criques, les plages, les casemates fortifiées et les batteries cachées dans les dunes : la Force, Bois Joly, Saint-Eluard, la Tente, les Fougères…

Les îles ont le pouvoir d’attraction des rêves impossibles.

 Cyclaix

À peine arrivé, on se dit qu’on prendrait bien le temps d’en refaire le tour chaque matin à bicyclette, de se faire prêter la clé de l’église romane Saint-Martin, de visiter le Musée Africain du baron Gourgaud et l’Atelier Gallet où se travaille la nacre.

On pourrait simplement s’asseoir à la terrasse du Napoléon pour lire les textes de Jean Cochard et on se risquerait sans doute à quelques esquisses du belvédère de la Maison Rose. On relirait Simenon - il apprit ici l’art de la voile - en espérant dénicher à la bibliothèque municipale.

Le Secret de Fort Boyard, une des treize énigmes qu’il publia sous le pseudonyme de Christian Brulls. On écrirait nos cartes postales en dégustant la cuvée Montreson, vin de l’île. On irait, avec nos amis débarqués tard dans la nuit avec la marée, refaire le monde dans ce petit bar de l’autre côté du bourg.

 

On ne ferait peut-être rien du tout. L’île d’Aix fait déraisonner. Et déjà il faut partir.

Cabotages magazine, créateur du Nautourisme, revisite le nautisme et le tourisme côtiers en Méditerranée