Destination Charente Maritime - 4ème et dernier jour
Quatrième jour :
ROYAN - MORTAGNE PAR L’ESTUAIRE DE LA GIRONDE
Le port de plaisance de Royan, en plus d’être un abri par tous les vents et en eau profonde (2,5 m CM), présente l’immense avantage d’être en coeur de ville mais assez loin du boulevard de mer pour être au calme. D’autant plus que le gros de la circulation passe derrière la barrière d’immeubles qui borde toute la promenade. Jouxtant la plage ou sont tirés les catas de l’école de voile, les pontons flottants accueillent mille anneaux dont soixante-dix places de passage. C’est là que nous attend le JOD 35 d’une association de copains-propriétaires, Voiles de l’Amitié en Pays Royannais, qui naviguent aussi sous la bannière de la Fédération Française du Sport Adapté. Nous sommes donc en bonne compagnie. Le Jeanneau One Design 35 n’est plus dans sa première jeunesse puisque ce monotype à succès, choisi pour la Tour de France à la Voile jusqu’en 1998, n’est plus fabriqué depuis. Mais bien restauré et entretenu par ses propriétaires, c’est encore une jolie bête de course et il se préparait pour la Transat Quadra quand nous l’avons emprunté. C’est dire. Comme tous les après-midi, la mer monte et le vent forcit, accompagnant le jusant qui s’engouffre dans l’estuaire de la Gironde. Pour garder l’avant dégagé et le bateau stable pour les photos, Alex Peraud, le skipper, choisit de naviguer avec un ris dans la grand’voile. C ‘est à près de huit noeuds sur le fond que le JOD 35 nous fait traverser au portant la baie de Royan en direction du phare de Saint-Georges-de-Didonne, posé sur sa petite falaise et ses murailles défensives massives.
Derrière cette première pointe, une nouvelle plage, la Roche Blanche, puis la pointe de Suzac et son ‘‘chaudron’’, une zone où la mer bouillonne, prise dans des courants contradictoires qui donnent l’impression que le bateau est sur une patinoire. En haut du caillou blanc, le premier carrelet sur ponton. Des dizaines suivront sur tout le parcours. Avant les tempêtes de 1996, 1999, 2000 et 2010, il y en avait plus de 700 sur les côtes d’Aunis et de Saintonge. Tantôt accrochés à des falaises, tantôt plantés dans les zones basses des marais, ils font partie de l’identité régionale. Une ‘‘Route des carrelets’’ a été créée pour valoriser ce patrimoine de la pêche à pied Un dernier coup d’oeil en arrière sur l’église Notre-Dame qui est au paechour de Royan ce que la Bonne-Mère est au pescadou de Marseille, symbole et amer.
En voiture sur le chemin du retour, nous connaîtrons cette rive de Gironde : une piste de
montagnes russes entre bois et villas côté mer. Passée la zone urbaine, les ondulations se poursuivent à travers champs où alternent vignes et blés. Quand on approche de la falaise, on aperçoit les cabanes à carrelets sur leurs pilotis, avec les longues passerelles de bois suspendues au-dessus du vide. Vu de l’estuaire, on ne voit que fugitivement l’arrière-pays agricole. En revanche, outre les jolis dessous colorés des carrelets, on découvre une autre curiosité, invisible de la terre : les habitats troglodytes creusés dans les falaises calcaires tendres. Un gruyère. Certaines des ces ‘‘grottes’’ ne sont que les annexes des carrelets pour y ranger du matériel de pêche ou mettre les bouteilles au frais, d’autres sont équipées de fenêtres, ont des escaliers taillés dans la pierre pour descendre jusqu’à l’eau. D’autres enfin, sont les terrasses des maisons construites audessus, parfois un restaurant ou un hôtel. On y accède alors par des moyens souvent invisibles (passages secrets ?). En tout cas, la croisière au pied de ces constructions, protubérantes ou excavées, prête à rêver.
Arrive Meshers-sur-Gironde, à cinq milles de Royan : une falaise plus haute, un célèbre carrelet qu’on voit sur toutes les affiches de tourisme (ci-contre) et les fameuses grottes de Regulus et de Matata. Les premières abritèrent des Protestants, les secondes les amours nombreuses de la princesse de Condé, moins fidèle que Calypso qui garda Ulysse dans sa grotte de longues années...
De l’autre côté de la baie, à deux milles de là, l’église Sainte Radegonde de Talmont sur ses murs à pic dans l’eau. Un village fortifié, pomponné, avec volets bleus et roses trémières. Plus émouvant que les vieilles pierres de l’église, le cimetière attenant, uniquement et profusément fleuri de
plantes sauvages. Ici, juste de quoi entrer une barque dans une anfractuosité au pied des murs. Trois milles plus loin, une autre petite église, Saint-Seurin-d’Uzet : une surprenante collection de grotesques visages sculptés représentant les bourgeois locaux... Et un très beau moulin à marée. De l’estuaire, le village est presque invisible et le chenal très étroit. Peu à peu, la côte s’est abaissée, les falaises ont reculé, faisant place à des marais qui ont été asséchés, laissant assez de limons fertiles pour que les cultures s’y installent. Essentiellement du blé ou des fourrages, au ras de l’eau, parfois même un peu plus bas. Ces terres sont exposées, les polders sont fragiles et nécessitent des soins permanents. Négligence ? Tempêtes exceptionnelles ? Montée des océans ?
MORTAGNE-SUR-GIRONDE : autrefois le second port après Rochefort !
En approchant de notre but, une zone agricole de plusieurs dizaines d’hectares a été reprise par la mer. On devine qu’un jour peut-être pas si lointain, les falaises ne seront plus mortes et que les
vagues viendront à nouveau les frapper. Arrive la bouée rouge ‘‘Mortagne’’. On amène la voile et on entre dans l’étier, nom local de l’achenau. Sur les premiers mètres de sol ferme, a été installé un ‘‘balcon sur la mer’’ pour que les promeneurs puissent observer ce milieu intermédiaire entre la terre et l’eau. L’étier est long et profond. Il laissait entrer jadis de grands navires chargés de charbon et de blé pour les minoteries industrielles qui assuraient une intense activité à Mortagnesur-Gironde (un tour au petit musée des cartes postales éclaire sur cette époque).
Avant l’entrée du port, un chantier de restauration de bateaux classiques et un petit port à sec. Au fond, l’écluse est ouverte, le JOD 35 glisse vers un catway libre, devant les restaurants du quai où l’on sert le maigre.


















