Destination Espagne
6 ET 7 AOÛT - PALAMOS :
DES PÊCHEURS ET DES BOUCHONS
41°50'N – 3°7E
Étape du jour : 15 milles. La météo est redevenue orageuse. Nous naviguons d'abord au moteur sans vent mais avec une houle résiduelle qui nous prend trois-quarts arrière. Du coup, on se fait rouler joliment. Avec son cul serré, ce n'est pas le genre de mer dont raffole le Laertes, taillé pour remonter au vent et faire face à la mer. À part ça, nous longeons une belle côte escarpée et découpée où s'accrochent des maisons plutôt cachées dans les pins et les roches.
Au cap Negre, comme une falaise vitrée sur la roche, un incroyable hôtel. On se dit qu'une chambre là, comme dans un sémaphore, un jour de grosse tempête...
Puis c'est une suite de calanques très fréquentées. La prochaine fois – si la météo le permet – on y arrivera le soir pour profiter des "heures creuses" dès le matin !
IL EST QUESTION DE CHAMPAGNE
Après avoir passé la baie de Llafranc, qui fait envie mais qu'on se réserve pour le retour, avoir doublé les îlots Formigas, (ne pas serrer ni à gauche ni à droite, attention aux roches affleurantes !), nous arrivons sous voiles en vue de Palamos.
Un premier port récent s'ouvre d'abord à nous, côté Est de la presqu'île. Mais notre goût nous porte vers les vieux ports en centre-ville. On fait donc le tour de la pointe et son joli phare, et on entre dans le bassin du port qui commence par une très longue digue où accostent les navires de commerce. Du coup, parfaitement à l'abri, il est possible d'amener les voiles et de préparer les pare battages en toute tranquillité.
Aujourd'hui, viennent plutôt accoster des navires de croisière, le commerce se faisant un peu plus rare. Pourtant, il fut ici très prospère, grâce à une région de France connue pour ses vins, la Champagne. Palamos a été le plus grand port d'exportation de bouchons d'Europe à cause des caves de Dom Pérignon qui avaient apprécié la qualité des lièges espagnols et le savoir-faire local pour les fabriquer. Palafrugell devînt la capitale de cette industrie et Palamos le lieu d'importation des lièges bruts du Sud de l'Espagne (les chênes locaux ne suffisaient pas) et d'exportation vers la Champagne via les canaux. la seconde moitié du XIXe siècle et les premières décennies du XXe ont ainsi fait la richesse de la ville.
ENSUITE, LE PORT DE PÊCHE
Le port de plaisance du Club Nautico Costa Brava est d'autant plus tranquille qu'il se trouve protégé par deux autres digues. Sur la première entrée se trouve un gigantesque yacht en plastique blanc beau comme une pyramide de voitures coréennes surmonté de radômes et d'antennes. Le second môle reçoit le sauvetage et une belle flotte de bateaux de pêche.
Palamos est en effet une escale pour les amateurs de poisson et de pêche. Ne rater sous aucun prétexte le marché aux poissons ouvert tous les jours de la semaine sur le port. Une grande halle où sont vendues les pêches à peine arrivées dans les bateaux. Tous les poissons de la Méditerranée sont là, d'une fraicheur absolue, certains encore vivants. C'est déjà un régal de couleurs et de parfums de mer.
C'est vrai que les poissons sont bien plus chers ici que sur notre bon marché de Sète, mais attention la présentation ! On croirait une bijouterie : assortiments de couleurs et de formes, mosaïques de supions et de crustacés... plein les yeux !
Et si ce n'était pas assez, juste à côté, il y a le Musée de la Pêche. Une perfection de pédagogie et de muséographie. En navigation on n'est guère dans l'humeur de fréquenter les musées, mais celui-ci ne vous éloignera pas de votre bateau.Et pour les mômes, une école de cuisine ! Chaque jour, pour 12€ (50 € le forfait-semaine) ils sont pris en charge par un vrai chef qui leur apprend à reconnaître les poissons, à les préparer (écailler, vider, sortir les filets et les arrêtes...) et à les cuisiner. À voir la tête des gamins ce jour-là, pas la peine de dire que ça leur plait. À midi, ils mangent sur place (en regardant Master Chef !), et le soir ils rapportent à la maison ce qu'ils ont préparé. Pour éviter que les toujours mêmes espèces "nobles" soient trop pêchées, le chef leur apprend à apprécier et à cuisiner des poissons moins connus, comme la roussette.
Mais, ici comme ailleurs en Méditerranée, la pêche est en crise. Ce n'est pas le lieu ici d'entrer dans le faisceau de raisons qui ont conduit à cette crise, mais la certitude est que s'il n'y avait pas le tourisme, ces villes littorales seraient aujourd'hui totalement sinistrées. Le travail que fait ce musée pour informer, alerter, sensibiliser, y compris les très jeunes, est remarquable.

















