Destination Québec ... 3ème jour : Natashquan, chez Gilles Vigneault
TROISIÈME JOUR : NATASHQUAN, CHEZ GILLES VIGNEAULT
Après une courte descente à quai de nuit à Port-Menier, dans l’île d’Anticosti, nous avons abordé à nouveau la Basse-Côte Nord juste avant l’aube à Havre Saint-Pierre. Mais comme nous y repasserons de jour au retour, nous n’avons jeté qu’un œil par le hublot pendant que l’autre dormait encore. Au vrai réveil, le temps était
radieux pour parcourir les 72 milles nautiques jusqu’à Natashquan.
Joli nom “indien” pour ce port minuscule où le Bella accoste après avoir embouqué un étroit chenal entre les roches affleurantes. Les heures passant, le vent s’était levé jusqu’à 30 nœuds. La mer, qui moutonnait sévèrement, était marbrée de longues veines d’écume.
Ici, pas de doute, on est vraiment dans le Nord. La première maison de bois, minuscule et seule à la pointe de granite rose que nous contournons, est blanche et rouge écarlate dans la lumière coupante dont ce vent sec nous fait le cadeau. D’autres sont vertes, bleues, jaunes... comme nous en verrons maintenant à chaque escale. L’hiver, quand tout est blanc, elles deviennent les fleurs vives de ce paysage en uniforme.
LA NEIGE, MÊME À LA TÉLÉ !
Nous n’avons que peu de temps. Sur le quai où les dockers ont immédiatement commencé à s’affairer, nous accueille Léonard Landry. Un sacré personnage. Dans la voiture qui nous conduit faire un rapide tour de ville, il raconte : « à Natasquan, on a la route depuis 1996, l’électricité depuis 1958, le téléphone depuis 1975. J’ai eu mon premier poste de télé en 1969, j’étais le premier, mais sur l’écran, il n’y avait que de la neige ! Comme si on avait besoin de ça ! L’image est arrivée en 1976 ».
Léonard, aujourd’hui en retraite, avait une épicerie, un magasin général, comme on dit ici avec plus d’exactitude. Il commandait tout par le télégraphe, en morse, et ça arrivait deux semaines après, par bateau ou par avion. .jpeg)
Il nous montre l’église blanche, « d’origine, elle n’a jamais brûlé », et l’école ancienne où les enfants étudiaient à la lampe à pétrole. Plus jeune, il n’y a pas usé ses fonds de culotte en même temps que Gilles Vigneault, son aîné, célèbre enfant du pays, fils de l’institutrice et d’un marin-pêcheur.
Gilles Vignault est la fierté du village. Léonard nous montre sa maison d’enfance, à côté de celle de son grand père, tout près de la plage et des “galets”. Autrefois espaces où l’on faisait sécher la morue (les “vigneaux”) aujourd’hui, les galets sont des cabanes en bois posées sur une petite péninsule de roches arrondies, placées assez haut pour rester à sec aux plus hautes marées. Mais pas dans les tempêtes. Les pêcheurs y rangeaient leur matériel. Il y en avait trente, il n’en reste que douze, mais le chanteur « les a rendus célèbres dans le monde entier, c’est notre Tour Eiffel à nous autres » dit Léonard Landry qui ajoute avec fierté, « Vignault, c’est un cousin germain. Ça prend un Landry pour faire un poète chez les Vignault ! ».
LES INNUS, PLUS NOMBREUX ET PLUS JEUNES
À regret, nous repartons vite de Natashquan, le Bella va appareiller. On serait bien restés une nuit dans l’un des petits gîtes qui se montent depuis que, timidement, le tourisme fait son apparition. Ici, grâce à un microclimat, l’eau avoisine les 25° pendant un mois ou deux l’été... De quoi faire venir des jeunes dans ce hameau de 250 habitants dont la moyenne d’âge est de 53 ans. Tout à côté, une communauté Innu, des Montagnais, comprend trois mille personnes, avec une moyenne d’âge de 22 ans... Où trouver de l’activité pour cette génération-là ? Nous aborderons ce problème un peu plus loin dans d’autres communautés innues.
Le vent a encore monté quand nous repartons et, pour la première fois, le Bella se fait arroser d’embruns.
Prochaine étape Kegaska, a à peine deux heures de là.
Textes et photos de Djinn et Christophe Naigeon

















