Les îles du Frioul
Peste, fièvre jaune, Caroline protège Marseille depuis les Iles du Frioul
Pour se protéger des maladies exotiques qui arrivent avec les navires marchands, Marseille se dote d'une quarantaine moderne. En 1828, le Frioul remplace le lazaret continental d'Arenc : on crée un port et on construit l'hôpital Caroline, chef-d'œuvre d'architecture construit par un architecte humaniste.
Arrivée dans les cales d'un bateau chargé riches étoffes venues de Syrie, la peste s'abat sur Marseille en 1720 et tue la moitié de la population : 50.000 morts en deux ans ! Fléau sanitaire, c'est aussi une catastrophe économique qui brise l'essor de la métropole phocéenne.
C'est à cause du dynamisme de ce port
tourné vers le monde entier que surgit un autre danger : la fièvre jaune. Cette maladie virale aiguë vient des colonies françaises d'Afrique et des Caraïbes, sources d'un commerce intense et lucratif. La fièvre jaune était entrée à Barcelone en 1820 où elle avait tué 20.000 personnes. Marseille, déjà échaudé par la peste, y voit un véritable danger pour la population et l'économie locale.
Comme d'autres villes portuaires à l'époque, Marseille prend alors la décision de renforcer sa ceinture sanitaire. Des établissements comme le vieux lazaret d'Arenc, situé sur la côte où l'on isolait les arrivants des pays où sévissait des maladies contagieuses, s'avèrent inefficace face à des épidémies aussi violentes.
Il faut isoler les malades sur une île.
L'HAPITAL CAROLINE
L'Intendance sanitaire du port, la Chambre de commerce, le Conseil municipal et le préfet choisissent naturellement l'archipel du Frioul. Dorénavant, les navires attendent dans le port agrandi de Pomègues et dans le nouveau, le port Dieudonné (actuel port Frioul) qui résulte de la construction de la digue Berry qui relie les îles Pomègues et Ratonneau (réalisée en 1822).
Les pouvoirs publics commandent à l'architecte néo-classique Michel-Robert Penchaud (1772-1833) la construction de l'établissement sanitaire sur l'île Ratonneau. L'hôpital Caroline voit le jour, du prénom de la duchesse du Berry.
Les travaux débutent en 1823 pour se terminer en 1828.
D'une superficie de 10.000 m2, il abrite 48 malades et 24 convalescents. Tous sont cantonnés dans des espaces séparés. Le fort vent qui circule partout et que tous les plaisanciers connaissent, servait à assurer la ventilation et une certaine sécurité sanitaire. La chapelle, au centre, a la forme d'un temple grec.
Des vitres entre les colonnes permettent aux pensionnaires d'assister à la messe sans sortir des dortoirs.
L'hôpital Caroline ferme définitivement ses portes en 1941, après une épidémie de typhus.
Une association "Hôpital Caroline" créée en 1978, obtient le classement du site aux Monuments historiques en 1980. Une autre, l'association Les amis de Michel-Robert Penchaud lui succède en 2007 et œuvre particulièrement à la défense du nom de l'architecte, père de l'hôpital Caroline. Ses projets : informer le grand public (un site Internet est presque terminé) et organiser des chantiers d'été pour restaurer le bâti.
Bernard Franchi, son président, précise : « Nous défendons cet architecte qui, au-delà des préoccupations sanitaires, a réalisé un chef-d'œuvre. Il est un des plus grands architectes de Marseille. L'hôpital Caroline reflète son humanisme.
Sa forte culture classique imprègne le lieu et place l'homme au centre. Comment expliquer autrement un si grand espace pour à peine une cinquantaine d'hommes ? » Aujourd'hui, la mairie de Marseille est propriétaire de l'hôpital. Se promener à l'intérieur de l'hôpital est interdit pour des raisons de sécurité.
Contentons-nous pour l'instant de le regarder à travers le grillage et de faire une balade à pied dans l'île qui, en plus de la vue superbe sur Marseille, permet d'avoir une vision d'ensemble des bâtiments.

















