Destination Espagne
POURQUOI EST-CE SI CHER EN ESPAGNE ?
De 25 € à 100 € pour un bateau d'un peu moins de 11 mètres. Le plus souvent autour de 60€. Pour nous, Français, c'est prohibitif. Et une année comme celle-ci où les mouillages sont rendus difficiles à cause du mauvais temps, cela fait un joli budget de croisière. Pourquoi de tels prix alors que des ports français aussi prestigieux de Cannes Port Canto ou Porquerolles demandent entre 30 et 40 € ?
Plusieurs explications à cela, après avoir interrogé presque tous les directeurs de ports rencontrés :
Les ports espagnols ont monté l'offre d'équipements et de services à un niveau qu'on ne retrouve que très rarement en France. Pontons presque toujours ouverts mais surveillés et même gardés, boscos en quantité suffisante pour ne jamais attendre ou rester sans réponse sur le canal 9, sanitaires irréprochables, machines à laver, Wifi gratuite, salons confortables et club-houses, restauration sur le quai d'honneur… Quasiment rien à dire dans les dix ports que nous avons fréquentés. Et pour cela, il faut du personnel.
Mais ce n'est pas la seule explication, bien sûr. Une autre est fiscale : la Generalitat de Catalunya, la région Catalogne, d'un jour à l'autre, a multiplié par 7 la redevance que les ports doivent lui payer. Pour un port d'environ 450 places, le montant annuel qui était de quelques 25.000 € est passé à 180.000 € ! Les Pouvoirs publics ont besoin d'argent, ils taxent les riches, les propriétaires de bateaux, comme en Italie. Du coup, les plaisanciers sont forcément de plus en plus des riches…
Une autre est statutaire : la quasi-totalité des ports de Catalogne sont privés, la plupart du temps associatifs, équivalent de la Loi 1901. Mais ce sont de vraies entreprises. Les sociétaires ont collectivement investi et emprunté pour faire les études et construire les ports, les gérer, en faire des outils rentables à défaut d'être lucratifs. Avec des concessions de 20, 25 ans, il faut amortir l'investissement sur la période. Avec, par exemple à Sant Feliu de Gixols, 6 millions d'euros investis, auxquels s'ajoutent 180.000 € annuels de taxes et les frais de fonctionnement… on comprend pourquoi les ports cherchent des sous-contractants: restaurant, école de voile, plongée, activités diverses…
En France, le coût du port ne se calcule pas ainsi. Intégré au territoire, il n'a pas de telles limites de temps pour son amortissement et encore celui-ci tient-il compte des retombées indirectes, bien au-delà du territoire du bassin lui-même : emplois dans le nautisme et le tourisme, dépenses des plaisanciers à l'escale, activités culturelles, gain d'image et arguments d'attractivité pour la ville, le département, la région… Chez nous, un port est intégré dans une économie et une politique plus globales.
Ceci explique sans doute cela. Quant à Barcelone, l'exception…
Djinn et Christophe Naigeon, Cabotages

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