Destination Espagne
30 et 31 JUILLET – CERBÈRE :
PORT DÉMONTABLE, PLAISIR DURABLE
42°26'N – 3°10'E
Aussitôt l'orage du soir passé, c'est la tramontane qui s'y met la nuit venue. Heureusement, Cerbère, le chien de garde des enfers, nous protège de ces diables de rafales et de ces démons de vagues. La tram' pique du massif des Albères droit dans la vallée étroite et arrache des tourbillons d'eau jusque sur le plan d'eau du port. Dans les coups de vent, le Laertes prend jusqu'à 10° de gîte. Une nuit bien bercée.
Le port est constitué de trois pontons flottants dont le plus grand, en "T" accueille les "gros" bateaux comme le nôtre sans aucun problème de profondeur. L'eau est parfaitement claire et on aurait envie de rejoindre la petite plage à la nage si la météo nous y incitait davantage. On se contente de regarder les palanquées de plongeurs qui partent à quelques centaines de mètres de là plonger dans la réserve marine de Cerbère-Banyuls.
BÉNÉVOLES PAS DILETTANTES
Le port est géré par une association de bénévoles conviviale et accueillante. Et bosseuse ! En 2008, une énorme tempête venue du large a effacé l'ancien môle et déplacé des blocs de plus de trois tonnes jusqu'au fond de la rade. Les galets de la plage étaient sur la route... et les pontons fracassés. Tout a été reconstruit (en bien plus costaud) au prix d'efforts titanesques et depuis trois ans, chaque année au printemps, les bénévoles remettent en place les installations démontées en octobre.
Côté tourisme, Cerbère est moins "carte postale" que Collioure mais terriblement attachant. L'église Saint-Sauveur, par exemple, n'est pas l'une de ces chapelles du XIIe que le pieux Moyen-âge a multiplié autour du Golfe du Lion. C'est un pur produit du culte marial de la fin du XIXe qui présente sa rosace vers la mer. Savez-vous pourquoi ? Réponse: la nuit, toujours illuminée, elle sert d'amer pour les bateaux qui trouvent ainsi l'entrée du port. Il y a d'autres histoires croustillantes sur cette église que vous trouverez sur cabotages.fr
LE FAR WEST À L'OUEST EXTRÈME
Cerbère, c'est aussi une période "Far West" avec l'arrivée du chemin de fer. L'Espagne avait opté pour des rails avec un écartement différent de celui de la France. Du coup, il fallait transborder passagers et marchandises d'un train à l'autre. Dans les années 20/30 des centaines de femmes travaillaient le nuit à faire passer d'un wagon à l'autre des tonnes et des tonnes d'oranges d'Espagne. Exploitées - bien entendu - pour un travail très dur, elles firent la première grève (victorieuse) de femmes de l'histoire de France.
Pendant ce temps, transitaires, grossistes, agents en douane, etc... vivaient dans une folle opulence symbolisée un incroyable bâtiment, première œuvre architecturale française en béton armé, l'hôtel du Rayon Vert, en forme d'étrave au-dessus de la voie. Avec une salle de cinéma, des salons ouvrant sur la mer et le couchant (le rayon vert), ces messieurs y festoyaient. Tout prit fin brutalement en 1936 quand la guerre d'Espagne éclata. Fini le transit, finies les fêtes. Longtemps à l'abandon l'hôtel est un pleine rénovation.
TOUJOURS BIEN POMPONNÉ !.JPG)
Après la seconde guerre mondiale, les progrès techniques supprimèrent les transbordeuses, la route et les camions diminuèrent le fret ferroviaire. Il a 20 ans, 250 familles qui vivaient du train. Elles ne sont plus que 60. Pourtant, Cerbère est parfaitement entretenu et pomponné. Avec des couleurs et un bel accent catalans, avec une riche culture bien arrimée au cœur, des chansons qui sonnent le soir sur le môle tout neuf, c'est une escale pour connaisseurs. La capitainerie l'abri sous la route suspendue rappelle qu'autrefois il n'y avait qu'un petit chemin et que la vendange était transportée jusqu'à Banyuls dans les barques de pêche.













