Destination Espagne
15 AOÛT - SANT FELIU DE GUIXOLS :
DES TRÉSORS CACHÉS
41°46'N – 3°1'E
Nous sommes arrivés en fin de journée à Sant Feliu de Guixols après 25 milles à la voile au portant autour de 6/7 nœuds et plus, passant de bancs de sable à moins de six mètres à des abysses – les canyons de la Costa Brava – qui font fait tilter notre sondeur. Ce soir, ça se couvre à nouveau et il fait chaud pour un soir de Toussaint...
Le "Pilote Côtier", bible des caboteurs dans la catégorie instructions nautiques, donne Sant Feliu de Guixols comme "le meilleur port de la Costa Brava". Il (le grand maître Rondeau) parle bien sûr de sécurité et juge l'endroit pour sa capacité à offrir un abri aux bateaux. Pardon d'être iconoclaste, mais Palamos, avec son long et haut môle commercial érigé comme une muraille, offre un bassin d'apaisement tel qu'on peut y entrer totalement "à l'arrache" et affaler tranquillement avant d'entrer dans le bassin de plaisance.
ENCORE UN PORT PARFAIT…
À
Sant Feliu, c'est très bien, mais un peu plus court pour amener ce qui reste de toile, ferler, installer les pare-battages, mais c'est quand même un très, très bon port par temps de chien. Nous, ça allait. Encore gris-noir, une houle hachée menu, un vent qui faiblit, un bateau rincé d'embruns, mais il suffit d'oublier que c'est l'été.
Alors que les écoles de voile, les grands yachts et les collègues autochtones rentrent aussi en masse en cette fin de journée, nous appelons la pétillante et efficace Chris (qui parle français) sur
le canal 9. Les boscos arrivent à toute vitesse en vélo (sans freins !) sur les places pour prendre les amarres. À poste. Club-house, sanitaires****, machines à laver, séchantes... c'est toujours la classe espagnole. Mais ici, c'est un record de prix... Trois fois Port Canto de Cannes ! Quatre fois Barcelone ! (voir notre article sur les prix des ports).
Entre les pontons et le club-house d'une belle architecture de pierre prise dans la falaise, un curieux hangar : c'est l'ancien terminal ferroviaire du port. Dedans, trône une locomotive à vapeur et une voiture en bois. Quito Pi, ancien président du Club nautique, se souvient de son enfance quand ce tortillard faisait la liaison avec la capitale régionale, Girone et nous dira : "le train allait tellement lentement que dans les montées on pouvait descendre faire pipi dans les bosquets et rattraper le wagon en courant !". La route a tout changé.
LA FÉE DE LA MODERNITÉ
Le Club Nàutic n'est pas non plus d'hier. C'est le plus ancien de la Costa Brava. Il gère le port de plaisance depuis 1945. La plaisance est née ici alors qu'il n'y avait pas de pontons, juste un bout de jetée à côté du seul bâtiment qui existait, celui de la barque des sauveteurs en mer. Maintenant, c'est un port de taille moyenne, construit à l'époque du boom économique de l'Espagne de l'après-Franco.
On en voit les traces architecturales dans la ville, vue de la mer. Comme nous a dit encore Quito Pi, "quand l'Espagne est passée du quasi sous-développement au quasi-développement en quelques années, on n'a plus voulu voir ce qui nous rattachait au passé".
Sant Feliu en est un parfait exemple. La ville regorge de témoins de toutes les époques, du plus pur Roman à l'avant-guerre civile et aux années soixante-dix, il suffit d'ouvrir les yeux, de se balader le nez en l'air (ici pas de crottes de chiens, c'est 200 € d'amende !) pour se faire raconter mille ans d'histoire : un hôpital début du XVIe siècle, immense pour l'époque, parle des grandes épidémies, un cloître fortifié roman primitif raconte la peur des Barbaresques, un casino baroque fait entendre les fiestas des Années folles et pleins de détails accrochés aux façades sont un livre d'images (imaginaire), pour qui aime observer.
Sinon, on ne voit plus que cet hideux immeuble où il vaut mieux habiter pour ne pas le voir et regarder seulement la mer, et d'autres choses plus modestes comme les années des "Trente glorieuses" ont su si bien en faire, ici comme en France en un temps où, trop souvent, nouveauté tenait lieu de beauté.
Mais, heureusement, ici, en Espagne, on n'a jamais perdu le goût des beaux bateaux, et, même en polyester, les Llaguts, jolies barques pointues, pullulent toujours dans les ports.
Pour voir le meilleur de cette ville sympathique et pas vendue au tourisme de masse, il faut marcher jusqu'à la partie à l'opposé du port, vers le cloître (très belle expo Matisse !), son château et son église, mais aussi la place de la Mairie avec un marché très coloré, des petites rues avec des architectures surprenantes.
À voir aussi, en haut de la Rambla, un joli musée du jouet avec une boutique du genre qu'il vaut mieux avoir oublié sa carte de crédit dans le bateau...
Voilà, vous l'avez compris, Sant Feliu de Guixols se fait aimer de qui sait la chercher un peu.

















