Destination Espagne
3 AOÛT – ON PASSE LE "CAP HORN"
42°19'N – 3°19E
Le lendemain matin de cet orage dantesque, la mer et le ciel ont fait comme si rien ne s'était passé : tout bleu et tout calme. Y a-t-il eu une tempête ? Il n'y a qu'à demander à ceux qui mouillaient sur leur ancre dans la baie... Obligés de remettre le moteur pour ne pas partir en dérive vers la ville, annexes à la dérive.
Bref, il fait beau et c'est le moment pour passer le cap de Creus, tant redouté en cas de coup de vent, d'où qu'il vienne. Là, seulement une petite brise et un résidu de houle venu d'ailleurs. La falaise en renvoie le ressac. Les ondes se croisent. On imagine comment c'est en cas de gros temps... On déroule le génois pour caler le Laertes sur l'eau et on continue au moteur.
Dans les minuscule criques, des bateaux sont déjà au mouillage. Ceux qui connaissent bien trouvent des petites places entre les cailloux. On comprend qu'ici il vaut mieux avoir une barque ou un semi-rigide pour profiter de ces anfractuosités à l'eau si claire. On ne s'y risque pas et, de toute manière, on a de la route à faire.
Par beau temps, tout est permis, alors, on passe dans le chenal étroit mais profond entre le cap et la longue île de S'Encalladora. À éviter dès que ça souffle, même si c'est un raccourci.
PAS DE PIEDS SUR LA TABLE…
Le Laertes en a vu bien d'autres dans sa vie, mais pour nous, c'est notre premier passage de ce côté là. D'habitude, c'est vers l'Italie, les îles toscanes, la Corse, avec les deux autres secteurs délicats que sont la Camargue et le cap Sicié, "cap Horn" de Provence. Pas plus que pour ce dernier, le franchissement du cap de Creus ne donne l'autorisation de pisser au vent et de mettre ses pieds sur les tables des bistrots bretons comme nous l'a dit l'"amiral" Guy Brevet, véritable cap-hornier et rédacteur de Cabotages. On ne mettra même pas les pieds sur les tables du Bar du Plateau à Sète en rentrant…
Ensuite, les calanques, plus larges, sont remplies de ces jolis llaguts, les "pointus" espagnols. C'est un beau spectacle.
En haut, le phare nous regarde de son œil de cyclope. Il est aussi beau vu de la mer que de la terre, et ses roches déchiquetées rappellent vraiment Salvador Dali. On aimerait y revenir un jour de tempête. En voiture et bien au chaud... rien que pour voir à quoi ça ressemble.
Mais là, pépères, on met le cap sur l'Estartit.

















