Destination Québec ... 4ème jour : Harrington Harbour
QUATRIÈME JOUR (1) : HARRINGTON HARBOUR,
LA PERLE DE BOIS
Roberto, le commissaire de bord passagers, Guy, son homologue pour le fret, Jean, le maître d’hôtel, jusqu’à François, le capitaine du Bella, tous nous l’avaient dit, il ne faut pas rater l’approche de Harrington Harbour. On met donc le réveil et avant 6 heures, tout le monde – les cinq passagers touristes du Bella – est sur le pont.
Trop tôt, trop loin, trop bouché. Devant, des formes allongées sur l’horizon flou. Sur bâbord, un trait de côte incertain, nuance sombre entre l’anthracite de la mer et le gris foncé du ciel. L’espoir de beau temps est sur tribord, côté levant. Un mince filet orangé, une bande grise, une épaisse tranche de bleu layette et un plafond pommelé comme un cheval indien..jpeg)
On a eu raison d’espérer. Pile au moment où l’archipel se dessine plus précisément, la lumière s’allume, apportant la couleur sur l’écran. Le blanc de l’écume des vagues révèle les centaines de récifs affleurants, invisibles naufrageurs par mer plate, le rose des roches polies par les glaciations dessine des îles aux murs infranchissables, et le vert du manteau végétal troué fait apparaître ce qui, au printemps, sert de matelas aux nids des migrateurs et, en automne, de gisements de baies à confiture...
Trop tôt, trop loin, trop bouché. Devant, des formes allongées sur l’horizon flou. Sur bâbord, un trait de côte incertain, nuance sombre entre l’anthracite de la mer et le gris foncé du ciel. L’espoir de beau temps est sur tribord, côté levant. Un mince filet orangé, une bande grise, une épaisse tranche de bleu layette et un plafond pommelé comme un cheval indien.
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On a eu raison d’espérer. Pile au moment où l’archipel se dessine plus précisément, la lumière s’allume, apportant la couleur sur l’écran. Le blanc de l’écume des vagues révèle les centaines de récifs affleurants, invisibles naufrageurs par mer plate, le rose des roches polies par les glaciations dessine des îles aux murs infranchissables, et le vert du manteau végétal troué fait apparaître ce qui, au printemps, sert de matelas aux nids des migrateurs et, en automne, de gisements de baies à confiture...
LA GRANDE SÉDUCTION
La passe la plus large est jonchée d’écueils. Le Bella prend la plus étroite, longeant à dix mètres à peine une falaise qui impressionne, mais promet au moins un bord accore. Au sortir de ce couloir, Harrington Harbour nous saute à la figure. Le soleil dans notre dos polarise les jaunes,
rouges, bleus, jaunes, verts et blancs des maisons de bois serrées en arc de cercle autour de la petite baie, totalement abritée par ce chapelet d’îles qui masque l’horizon.Et là – bon Dieu, mais c’est bien sûr ! – on revoit les images du film La Grande Séduction (Jean-François Pouliot, 2003) dans lequel un village coupé du monde invente toutes sortes de stratagèmes en trompe l’œil pour attirer un médecin. Bien entendu, il découvre que tout est faux mais, à la fin, tombe amoureux du village et de ses habitants. Nous, on n’a pas eu besoin de tout ça. L’effet est immédiat : je veux me retirer ici un an pour écrire enfin tranquille le roman de ma vie... ou quelque chose dans le genre.
DES RUES DE BOIS
Alors que beaucoup de bourgs de cette côte ont un habitat très dispersé, des maisons avec des jardins sans clôtures et pas de véritable centre ville, Harrington Harbour est, en lui-même un centre ville. Les roches qui l’entourent, l’étroitesse de l’île,
obligent à ce resserrement. Et, particularité de charme, pour aller d’une maison à l’autre au milieu de toutes ces boursouflures de roche en pente, les Portharringtoniens (sic) ont construit des rues de bois sur pilotis qui serpentent à travers les bâtiments. Du port où nous débarquons, le hameau apparaît comme un enchevêtrement de maisons, de hangars à bateaux et de barques au mouillage, de plots de bois sur lesquels sont juchées les rues, les terrasses, les bâtiments. Ici, à part la mer par pétole, l’horizontale n’existe pas et il faut partout mettre des cales pour que les bipèdes que nous sommes restent debout, assis ou couchés sans risque de rouler vers l’eau glacée...Au bout du quai,la coopérative de fruits de mer, principale activité de Harrington Harbour. Amarré à côté, le taxi-bateau attend ceux qui vont rejoindre les quelques maisons dans les îlots, fréquentées surtout l’été. Une barque à moteur remplie de sacs-poubelles fonce vers un caillou, plus loin et sous le vent, où les ordures sont brûlées.
QUADS ET NAINS DE JARDIN
Du port, les rues de bois incitent à la balade. Nous passons les deux heures d’escale – bien trop court ! – à les arpenter jusque sur les hauteurs, vers l’école, vers l’unique bar, jusqu’au port à sec où une belle dalle de pierre en pente recouverte d’un plancher permet de remonter les bateaux avant que la mer ne gèle. Le linge sèche partout sur de longues cordes en va-et-vient qui partent des seuils des maisons et vont tourner autour d’une poulie
fixée, vingt mètres plus loin, sur un poteau électrique ou la maison du voisin. Pendant les longues soirées d’hiver, certains s’adonnent à la fabrication de miniatures, maisons, phares, bateaux... qui vont rejoindre dehors des nains de jardin du plus bel effet.À pied, à bicyclette ou au guidon des dizaines de quads (motos à quatre roues, seuls tout-terrains adaptés aux ruelles de bois) les Portharringtoniens, en anglais mais parfois en français, saluent l’étranger en visite. Nous redescendons par l’église et les deux magasins généraux qui s’activent à engranger ce qui vient d’arriver par le Bella. Les quads tirent des remorques à roue, mais aussi des traîneaux. Pendant trois mois, à partir de janvier, le bateau ne viendra plus, il faut tout stocker, de la boîte de clous au bourbon canadien, des couches pour bébé aux boîtes de conserve. La visite de ces deux magasins raconte à sa manière la vie de la communauté.
Avant les frimas, Harrington Harbour s’active à poser des isolants sur les murs, à enterrer le réseau d’eau courante, soigneusement calfeutré dans d’épais manchons. Comme un ours prépare son hibernation, Harrington Harbour a encore trois mois devant lui.
Et nous, cinq minutes pour embarquer.
Textes et photos de Djinn et Christophe Naigeon

















