Destination Québec ... 4ème jour suite : Tête de Baleine et le Tabatière
QUATRIÈME JOUR (2) : TÊTE-À-LA-BALEINE ET LA TABATIÈRE
À Harrington Harbour, déjà, le superbe moment de lumière matinal s’est éteint alors que nous visitions le village. Le vent a tourné à 180° et un air marin bien chargé a
apporté les premières gouttes à peine remontions-nous la coupé. Crachin d’abord, puis franche pluie aux deux escales, Tête-à-la-Baleine qui tient son nom d’un rocher en forme de cétacé (ne l’ont-ils pas tous ?) et La Tabatière, dont le toponyme n’est pas issu de la chanson française mais de Tchakar, un sorcier indien.
Le plafond bas qui a tout aplati le reste de la journée est sans doute en partie responsable de la tonalité grisaille de la chronique de ce quatrième jour. Mais tout de même, il n’y a pas que du rose à ces deux escales coupées du monde.
UNE MIGRATION NÉGATIVE
À Tête-à-la-Baleine,Gilles Monger, l’ancien professeur de français et de mathématiques de la communauté, nous fait passer tout naturellement devant l’endroit où il a
enseigné : 14 élèves jusqu’au 4e degré de collège. En 1970, il y en avait 130. C’est le chiffre actuel de toute la population, contre 500 quand on a construit cette belle et grande école avec vue sur la forêt et un lac. Delima Smith, notre accompagnatrice à La Tabatière en dira plus encore sur la désertification et le vieillissement de la population : il ne reste que cinq élèves, tous niveaux confondus.
La cause ? Les jeunes, pour faire des études et trouver du travail s’exilent à Sept-Îles, à Québec, à Montréal et ne reviennent plus. La pêche est en déclin partout, il ne reste que trois pêcheurs de crabes des neiges – contre vingt – à La Tabatière où l’usine à poissons (surgélation) a fait faillite. À Tête-à-la-Baleine, la pêche au flétan et au homard ne va guère mieux. Voilà pour les mauvaises nouvelles.
UN PARADIS DE NATURE
Pour les bonnes, ces deux villages ont un atout majeur : la nature superbe et infinie qui les entoure. La mer, avec les “mille îles” de Tête-à-la-Baleine et certainement pas beaucoup moins à La Tabatière, autant de coins de pêche, de balades en kayak. Les rivières et les lacs à saumon et à truite. Les forêts d’où le célèbre caribou qui a migré vers le Sud est peu à peu remplacé par le non moins mythique orignal, presque gros comme un cheval, qui lui, migre d’Ouest en Est. Si on ajoute des castors, des lièvres et toutes sortes d’oiseaux des bois ou de mer, la chasse, bien qu’elle soit réglementée, est un plus qu’un sport, c’est, avec la pêche, une culture, un mode de vie. Et aussi une forte attraction touristique... pourvu que les touristes viennent.
MAIS ÇA VIENT QUAND, LE TOURISME ?
La région est une succession de vallons et de promontoires rocheux. De n’importe lequel d’entre eux, on ne voit que lacs et bois. Ici, ce n’est pas encore la toundra rase que l’on trouvera plus au Nord. La forêt est dense et presque partout intouchée. On peut y croiser des ours. En bord de route, sur un pylône électrique désaffecté, nous avons vu un nid d’aigle pêcheur, à peine inquiété par les voitures et notre présence. Bref, le tourisme vert a ici l’un de ses paradis..jpeg)
Mais avec un bateau par semaine dans chaque sens, aucun de janvier à mars, pas de route qui les relie au reste du monde, une offre touristique éparse et incomplète qui ne peut se développer sans forte impulsion des pouvoirs publics, ces villages pourraient mourir avant même d’avoir pu saisir leur nouvelle chance.
Delima Smith a ouvert des gîtes et attend du monde. Elle se demande pourquoi le gouvernement a investi trois millions et demi de dollars pour construire un stade de hockey « un éléphant blanc qui sert quinze jours », au lieu d’aider au développement touristique. Gilles nous montre le ponton flottant, la “marina” des barques à moteur qu’ils ont construite, et se souvient des étés où toute la population quittait le village dans de petites embarcations pour rejoindre les cabanons dans les îles. Une belle migration que celle qui se limite aux vacances !
Textes et photos de Djinn et Christophe Naigeon

















