La ville de Cerbère ferroviaire avant d'être balnéaire
Cerbère, un charmant mouillage pour les cabotage
En 2010, Cerbère ne pourra toujours pas accueillir de bateaux sur son ponton. La tempête du 27 décembre 2008 a démoli la digue, transporté ses blocs de pierre de plusieurs tonnes 40 m plus loin. Mais le mouillage est charmant.
A droite en entrant, attention aux îlots Campagnies (ou Canadell), magnifiques pour une baignade comme pour un échouage ! A gauche, le cap Cerbère ,connu pour son phare solaire, ses vents et son ressac.
De nuit, dans l'axe de l'entrée, si les traditions sont respectées, vous pourrez voir la rosace illuminée de l'église Saint Sauveur. Ce monument vaut plus pour l'anecdote que pour l'architecture : à la fin du XIXe siècle, Cerbère, simple hameau de Banyuls, n'avait qu'une chapelle, insuffisante pour les élégantes bourgeoises et leurs maris en redingote.
Un siècle après la Révolution, un riche producteur de vin de messe qui se trouvait également être le curé du cru, acheta des terrains communaux pour en faire don à l'église. Avec son bon argent et celui prélevé chez les notables en échange d'une place au nom des sponsors, il y eut donc une église digne de la bonne société, puis une école catholique et un orphelinat.
LOURDES ET NOBLES CATALANES
Autre "monument" qui ne peut passer inaperçu, le viaduc qui barre de ses piliers le flanc nord de la baie. 
Ouverte sur le monde par ses voies ferrées, Cerbère est restée enclavée jusqu'à une date récente, faute de voie routière. Ce n'est qu'en 1913 que la route Cerbère-Banyuls 123 virages pour 10 km sera inaugurée. Jusque-là, le trafic commercial avec les communes voisines se faisait à bord des lourdes et nobles catalanes. Imaginons couler dans les fonds des embarcations le jus des raisins vendangés sur les hauteurs de Cerbère, transportés à la voile vers les caves de Banyuls
La corniche actuelle est plus récente. Belle ou laide, elle fait partie du paysage comme le centre de plongée et son incongrue façade à vitrail, comme les arches de la voie ferrée (construites par Eiffel), et l'hôtel Belvédère du Rayon Vert où la bonne société faisait la fête avant que la Guerre d'Espagne ne mette fin aux frivolités.
L'AGE D'OR DES TRANSITAIRES
Depuis le creusement du tunnel vers l'Espagne en 1878, l'histoire de Cerbère est liée au train. Vins, minerais, fruits et légumes sont passés dans cette immense gare dont on prend la mesure en montant au premier virage sur la route de Port Bou. La frontière a fait la richesse de Cerbère : 250 douaniers, des centaines d'employés des chemins de fer et d'ouvriers, et, surtout, jusqu'à 65 transitaires. 
Ceux-ci amassèrent des fortunes : chaque année pour la Saint Sauveur, ils se retrouvaient sur la place de la République et l'arrosaient de champagne.
Puis l'Europe sans frontières a cassé la machine à sous
L'envers du décor, une autre histoire, celle des transbordeuses d'oranges.
Revers de fortune ou tempêtes, Cerbère ne s'est jamais laissé abattre. Une belle escale toujours riche de souvenirs.
Christophe Naigeon et Emma Chazelle

















