Blanc-cassis
Cent quatre vingt hectares de bonheur
"L'abeille n'a pas de miel plus doux: il brille dans le verre comme un diamant limpide, et sent le romarin, la bruyère et le myrte qui recouvrent nos collines, et danse dans le verre" ( Frédéric Mistral, Calendal, chant III ). Tout est dit. Le vin de Cassis est le plus beau monument de la ville. N’hésitez pas à piller ses œuvres.
Ne cherchez pas d’objectivité dans ces lignes. C’est affaire de passionné.
Quand vous approchez les Côtes de Provence par la mer, deux phares insolites brillent entre le Cap Croisette et les Embiez. Sur tribord, c’est le rouge, sur bâbord, c’est le blanc. Autant dire que ces feux conduisent plutôt au naufrage qu’à bon port…
À l’est, c’est Bandol avec ses merveilleux vins rouges, parfois trop forts en alcool mais précieux et profonds. À l’ouest, c’est Cassis, avec ses blancs fins et fruités aux huit cépages qui chantent comme les sirènes d’Ulysse. Accrochez-vous au mât ! Elles s’appellent Ugni, Sauvignon, Doucillon, Clairette, Marsanne et vivent dans treize caves à flanc de colline.
L’appellation d’origine contrôlée (AOC) "Vin de Cassis" remonte à 1936, année bénie où furent aussi inventés les congés payés. Le populo parisien pût ainsi descendre jusque-là et se rincer le gosier avec ce goûte-moi-ça-Paulette-tu-m’en-diras-des-nouvelles.
Le terroir, le plus ancien de la région, est limité à 180 ha et le blanc représente 80% de la récolte. Le reste est du rosé et du rouge, intéressant aussi, mais on peut se contenter, le temps d’une escale, de n’explorer "que" la palette des blancs.
Les vins de Cassis n’ont pas toujours été ce qu’ils sont aujourd’hui, en pollens, en fleurs blanches, en tilleul, en pèche, en amandes… et en miel. C’est peut-être ce miel qui les relie à leur histoire ancienne quand Cassis produisait un muscat qui ravissait les palais des rois de France au XVIe siècle.
À quoi ressemblaient les nectars des vignobles installés ici bien avant l’arrivée des Phéniciens qui fondèrent Marseille ? Nul ne le sait. Les Grecs, à partir de 600 avant J.C., améliorèrent la viticulture de leur savoir-faire.
Le jus de la vigne était certainement suave comme c’était le goût de l’époque.
Il faudra attendre les années 1880 pour que la crise du phylloxéra oblige à changer tous les cépages et qu’on arrive à ce qu’est le vin de Cassis d’aujourd’hui, plus sec, plus vif, mais dont l’acidité n’est jamais plus qu’un léger contrechamp aux douceurs.
Cassis produit environ un million de bouteilles par an dont sept à huit cent mille vont dans les restaurants. Paris en consomme beaucoup, l’étranger peu. Il en reste encore pour vous.
Préparez-vous un petit itinéraire qui pourrait commencer par la Maison des Vins de Cassis, sur la hauteur, et qui vous ferait redescendre doucement vers le port…





