Un drôle de port en plein changement
Balaruc n'est pas une étape courante. Baraluc les Usines, le port d'accueil des "trois villes", a un charme… spécial. Et une histoire peu banale dont la fin est encore loin d'être écrite.![]()
Les canaux de Sète sont un splendide accès au bassin de Thau pour les voileux qui n'entendent pas démâter et aller sur les canaux. Une croisière citadine "royale" même si le canal de ce nom n'est pas navigable au-dessus de deux mètres de tirant d'air.
Malgré ce petit regret, la traversée de Sète reste un rare régal ! Il faut embouquer le canal maritime, attendre un peu dans le bassin du Midi, puis prendre le canal transversal… et aussi passer les ponts qui tournent, pivotent, se lèvent, spécialement pour nous. Il y a même un pont ferroviaire où on pourrait croire que les TGV s'arrêtent pour nous laisser passer… Les horaires que communique la capitainerie de commerce par VHF 12 doivent tenir compte du Chaix… À Sète, rien n'est banal.
ARRÊT À LA POINTE COURTE
Le second bonheur est l'arrêt à la Point Courte. Un monde en soi. Un petit quartier résidentiel qui, dans une ville normale, n'aurait pas vraiment la cote : une voie de grande circulation le surplombe au sud, tout comme une voie ferrée où passent
nuit et jour des trains sur un pont de fer, des usines en ligne de mire et le fond marécageux du bassin au Nord-Est. Mais Sète n'est pas une ville ordinaire. La Pointe Courte est donc un quartier extraordinaire. Et, de plus, rendu célèbre par Agnès Varda qui a donné son nom à son premier film, tourné en 1955 avec Sylvia Montfort et Philippe Noiret et qui y a sa "traverse".
Le long du canal, vous pouvez vous amarrer (attention aux fonds au bord du quai et au courant, souvent fort) et prendre le premier café de la journée au bar du Passage où vous trouverez des photos du tournage. Profitez-en pour aller voir le petit port de pêche des Nacelles de l'autre côté. Les barques, les filets, les cabanes… un poème. La Pointe Courte était, à l'origine, un village de pêcheurs.
UN NOUVEL UNIVERS
Cap sur Balaruc. L'entrée du bassin par l'étang des Eaux Blanches entre la pointe du Barrou et celle de Balaruc est tout aussi grandiose. Vous entrez dans un nouvel univers entre le mont Saint Clair de Sète, les collines boisées de l'arrière-pays et le mont Saint Loup du Cap d'Agde.
En face, la tourelle de Roquerols émerge d'un haut fond qui déborde une pointe où se trouve Balaruc-les-Bains. Là, on peut aller droit vers la tourelle où l'on pourra choisir entre Bouzigues et Mèze selon qu'on passera à sa gauche ou à sa droite. Pour Balaruc, il
faut bifurquer tout de suite à l'Est et suivre le chenal balisé qui rejoint le Canal du Rhône à Sète.
Sur la rive gauche du chenal, vous pouvez apercevoir les quelques pontons de Balaruc les Bains d'où vous pourrez visiter Balaruc le Vieux.
Balaruc les Bains est la seconde station thermale française avec près de 2.000 touristes par jour. Et ceci depuis les gallo-romains qui déjà trouvaient la source thermale à 40° mélangée aux boues marines, excellentes contre les rhumatismes.
Balaruc le Vieux, à quelques encablures de là vite parcoures en bus, est un ancien village médiéval en circulade à l'intérieur de ses remparts a su conserver tout son charme. La citadelle domine le fond du Bassin et de ses remparts, la vue est superbe.
Sur la droite, vous voyez des usines, en particulier une vieille cimenterie à moitié à l'abandon, au fond de l'étang des Eaux Blanches, séparé de l'étang de Thau par un étranglement d'un kilomètre de large. Au fond, Balaruc les Usines où se trouve le port.
UN PORT EN DEVENIR ?
Un drôle de port que celui de Balaruc les Usines. D'abord son histoire et le statut qui en découle. L'histoire d'abord : cette partie du bassin de Thau, l'étang des Eaux Blanches, est propriété privée des Raffineries du Midi. Cette grosse société de raffinage et de stockage de carburants s'est installée ici à la fin du XIXe siècle après avoir fait creuser un bassin entre 5 et 6 m de profondeur et baliser un chenal d'accès depuis Sète. Toute activité a cessé en 1990. Depuis, peu à peu et d'une façon d'une façon sauvage, la plaisance a grignoté le plan d'eau de la raffinerie qui s'est spontanément transformé en port franc. Un squat à bate
aux autogéré : pas de capitainerie, pas d'eau ni d'électricité, pas d'appontements et, par conséquent, ni taxe ni redevance.
L'Association des Pêcheurs Plaisanciers de Balaruc les Bains s'est créée en 1996 et a joint ses efforts avec l'Association Sportive pour obtenir un droit d'occupation légale, au moins temporaire, pour gérer le "port" et, surtout, le faire dépolluer. C'est urgent car les hydrocarbures remontent et menacent tout le bassin dès que les vases du fond sont agitées. Un gros risque car les 250 bateaux qui y sont actuellement mêlent ancres, piquets, passerelles et coques à l'abandon derrière un barrage flottant peu esthétique mais qui a le mérite de contenir la nappe de pollution depuis 2007.
Pour combien de temps ? Quand on connaît les enjeux économiques autour de la propreté des eaux dans un bassin qui vit essentiellement de la conchyliculture, de la plaisance et du tourisme, cette poche "sale" est une bombe à retardement.
Mais ne vous laissez pas impressionner. L'escale a son charme propre et, dans quelques années, aura vraisemblablement un tout autre aspect comme le laissent imaginer les nouveaux immeubles qui dominent le port. Alors, patience.
Claude Roger

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