La pierre, la vigne et les belles lettres
L’histoire de Cassis est fort ancienne puisque des hommes l’occupent 500 ans avant J-C. Le port attire les artistes depuis le XIXe siècle. Le site doit surtout sa célébrité au génie du poète provençal Frédéric Mistral qui situe l’action de « Calendal » à Cassis.![]()
Des Grecs, des Romains, des barbares et … des artistes. L’histoire de Cassis est aussi ancienne que variée. Les archéologues ont trouvé des vestiges d’un habitat fortifié sur les hauteurs du Baou Redon. Dès 600 ou 500 ans avant J-C, des hommes, des Ligures, occupent cet espace et vivent de la pêche, de l’agriculture et de chasse. La création au même moment de Massilia (Marseille) par les Phocéens aussi laisse supposer une présence grecque à Cassis. Grâce à son port bien abrité, du temps des Romains, Cassis est une petite ville très active.
Mais, après la fin des Césars, les invasions barbares vont troubler la tranquillité de la Méditerranée pendant cinq siècles. Soumise aux attaques venues de la mer, la population apeurée trouve refuge sur les hauteurs, dans une fortification, le "castrum" qui appartiendra au XIIIe siècle, aux Baux de Provence.
Le Comté de Provence l’administre au XVe siècle, puis vient le tour des
Évêques de Marseille, jusqu’à la Révolution. Quand arrive le siècle des Lumières, les habitants sortent peu à peu des remparts et développent à nouveau une économie autour du port.
Une sécherie de morue s’installe. La vigne pousse sur les côteaux et fleurissent des carrières de pierre. Parmi les minéraux exploités, la pierre de Cassis. Extraite depuis l’Antiquité, elle a servi à bâtir des lieux prestigieux, les quais du port d’Alexandrie et le socle de la statue de la liberté à New York.
Ce calcaire de couleur orangée (due à la présence d’oxyde de fer) est extrêmement résistant. Il connaît un vif succès auprès des sculpteurs en raison de sa teinte originale. Les particuliers l’utilisent pour des usages domestiques : les éviers, les piscines et les objets décoratifs. Les activités liées à la vigne le supplantent au XXe siècle avec une viticulture de qualité croissante. Pour preuve, Cassis obtient le label Appellation d’origine contrôlée en 1936, l’un des trois premiers vignobles de France à recevoir cette distinction.
Mais Cassis ne serait pas tout à fait
Cassis si nous n’évoquions pas ses artistes et ses grands hommes. On doit à l’abbé Barthélemy, érudit écrivain né à Cassis en 1716, le premier déchiffrage correct d’un fragment d’alphabet phénicien, à partir d’une inscription provenant de Malte. Le moulage, offert à Louis XVI, est actuellement conservé au musée du Louvre. L’abbé Barthélemy doit également sa célébrité à un ouvrage « Voyage du jeune Anarchasis en Grèce », très populaire à sa sortie en 1788. Bien qu’entré à l’Académie Française en 1789, il voit sa carrière se briser à la révolution avec la perte de ses privilèges d’écclésiastique.
Cassis attire de nombreux écrivains dès la fin du XIXe siècle, Alphonse Daudet, André Gide, Paul Valéry, l’Américain Henry Miller, l’Anglaise Virginia Woolf…
Parmi eux, Frédéric Mistral (1830-1914) se distingue. Frédéric Legré fait connaître Cassis à l’écrivain provençal en 1861. Il lui propose une promenade, le sentier des bergers jusqu’au mont Gibal. Le paysage sublime que
Mistral découvre lui inspire son livre « Calendal ». Ses douze chants relatent les aventures du pêcheur d’anchois cassidain Calendal. Ce dernier tombe amoureux de la belle Estérelle, mi-princesse mi-fée, descendante de l’illustre famille des seigneurs des Baux. Calendal triomphe des épreuves cruelles et conquiert sa dulcinée. Une statue du héros trône sur une place de Cassis. Les artistes peintres immortalisent à travers leurs œuvres la baie de Cassis et ses collines baignées de lumière.
Dès le XIXe siècle, on compte l’école provençale. Puis des grands noms comme Derain, Signac, Dufy ou Picabia travaillent à Cassis. Autre exemple : Rudolf Kundera, peintre d’origine tchèque, s’installe à Cassis en 1939 et y meurt en 2005.





