Sète, c'est fou, non ?
Parodions Brassens : à Sète, les mieux lotis sont les morts et les petites gens. La place qu’ils ont, plus d’un rupin vivant la leur envie.
Pour avoir la «vue canal» - comme disent les agences - ils doivent supporter le bruit et la fumée des embouteillages.
Alors que celui «Qui passe sa mort en vacances» au cimetière marin, ou qui vit au quartier haut - autrefois bas quartier - jouit de l’un des plus beaux panoramas de la Terre. Avec, en prime, les chants du vent et des oiseaux de mer, le feu des levers de soleil.
Jamais aucune rombière accastillée Triangle d’Or autour du Palais consulaire ne recevra autant de fleurs que les pensionnaires du cimetière italien, ni autant d’hommages de la rue que les paulettes qui étendent leur linge à la fenêtre du côté de l’église Saint Louis.
Et la pointe courte ? Agnès Varda et le TGV - pardon l’artiste ! - se sont associés pour faire de ce bric-à-brac un lieu branché où l’on vient de loin s’arsouiller avec le petit peuple. Sans négliger de reluquer les maisons à vendre («mais enfin, chéri, tu n’entends pas les trains, tu ne sens pas ces drôles d’odeurs ?»)...
Il y a aussi ces immeubles façon HLM années 50, 60, 70, directs sur le port, qui font kiffer les promoteurs aux rêves de marinas. Il y a aussi les petits ateliers des artistes qui ne «montent» pas à la capitale, ces fêtes d’amis, ces bistrots, ouverts comme la salle de séjour du grand appartement qui s’appelle le quartier où l’on vit. On y retrouve sa famille, celle qu’on invente au gré des rencontres.
Car, dans ces quartiers, on dit bonjour aux inconnus sur les trottoirs. Et même aux étrangers. C’est fou, non ?




