Port stratégique
Trente ans qui ont marqué l'histoire
Quand les Sarrasins s'emparent de Villeneuve lès Maguelone, ils trouvent une île prospère, un port dynamique, un évêché. Villeneuve devient le redoutable Port Sarrasin que Charles Martel détruit entièrement en 737.
C'est le roi Wisigoth Lieuba qui a créé la cité de Villeneuve lès Maguelone sur une île dans l'étang. Sous son règne, en 589 (première date attestée), un évêché y voit le jour. Mais, bien avant, au IVe siècle, l'activité portuaire en avait fait une position stratégique pour la conquête romaine et le trafic maritime commercial avec le Proche-Orient, la Péninsule Ibérique et l'Afrique du Nord. Mais c'est surtout la prise de Maguelone par les Sarrasins, vers 700, qui retient l'attention des historiens et nimbe le lieu d'une aura de mystère et de grandeur guerrière.
Le contexte : à peine s'emparent-ils de l'Espagne que les Sarrasins convoitent la Gaule. En 715, ils s'approprient Tarragone, Barcelone, puis franchissent les Pyrénées. En 719, Narbonne tombe aux mains de l'émir Al Samh dont la domination s'étend jusqu'à Nîmes. Le long de la côte, le dynamisme de Villeneuve éveille la convoitise des Sarrasins. Ils s'en emparent et agrandissent aussitôt le port situé au sud de la cathédrale qui communique avec la mer par un grau. Le redoutable Port Sarrasin est né.
Ancien site volcanique (comme Agde), Maguelone dispose de ressources en roches basaltiques qui favorisent la construction de murs et de remparts.
Mais Charles Martel et ses troupes s'approchent. Après la bataille de Poitiers en 732, commence la reconquête du territoire par les Francs. En 737, les troupes de Charles Martel reprennent Arles, Nîmes, Béziers.
Pour Villeneuve lès Maguelone, l'ordre qu'il donne est "destruction totale". Pourquoi ? Charles, certes chrétien, n'a de cesse que de s'emparer des places fortes de l'église dont il "laïcise" les biens. Habituellement déclaré champion de la Croix contre les Infidèles, certains le décrivent de manière moins flatteuse, comme Flodoard, chroniqueur du Xe siècle : « Ce bâtard né d'une servante n'était audacieux qu'à faire le mal envers les Églises du Christ. »
Villeneuve est aussi un lieu stratégique. Il faut faire disparaître les Sarrasins, les religieux chrétiens, l'Évêché et les bâtiments, fortifications et lieux de culte que les uns et les autres ont construit. Maguelone est livrée aux flammes, le "pays livré aux horreurs de la guerre, au fanatisme des hordes musulmanes, à la merci des Francs victorieux." (Fabrège, érudit et propriétaire de l'île dans « L'histoire de Maguelone » 1894).
Évêque et chanoines se réfugient à Substantion (Castelnau-le-Lez), site aujourd'hui disparu. Pendant trois siècles, du XIIIe au XIe, tout le temps que sévit la piraterie byzantine, personne n'habite ni ne travaille à Villeneuve lès Maguelone.
Au total, la présence musulmane à Maguelone n'aura finalement duré qu'à peine trente ans et laissé peu de traces matérielles. Pourtant, elle a fortement marqué les esprits. Port Sarrasin est devenu un mythe. D'ailleurs, un lieu-dit La Sarrasine figure encore sur les cartes actuelles et marque l'emplacement de l'ancien grau, face à l'îlot de Maguelone.
Villeneuve se réveillera en 1030 à l'initiative de l'évêque Arnaud qui revient dans l'île et bâtit une cathédrale-forteresse, l'actuelle cathédrale Saint Pierre. Car même ruinée et détruite, la cité de Maguelone ne perd à aucun moment son prestige. Il fait aussi construire un pont reliant l'île au village sur les terres, un ouvrage audacieux pour l'époque car il mesurait presque un kilomètre.
La cathédrale devient un bien pontifical jouissant d'une indulgence papale ( Bulle de 1033 du Pape Jean XIX). Agrandie et embellie au XIIe et XIIIe siècles, la cathédrale de Maguelone devint rapidement le haut lieu de culture et de spiritualité qu'elle est toujours.
Sources
Textes d'Alexandrine Legrand-Garnotel et d'Alain Guerero.

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