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Sur Les Deux Oreilles

Les marinas du bout du monde

 

Au fond du golfe de Saint Tropez, là où les terres marécageuses étaient autrefois qualifiées d'"aigue puta" ou "fanga puta" – eau, boue putride – ont poussé deux marinas à la fin des années soixante. Bien différentes, elles sont les dépendances maritimes de deux villages perchés sur les hauteurs, bien différent aussi. A vous de choisir.

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COGOLIN : TAPIS, PIPES ET ANCHES
Si jamais vous voMarine de Cogolinus aventurez dans le golfe de Saint Tropez en plein été alors que les grands prédateurs ont annexé l'espace maritime, si vous avez survécu à sa traversée dans la longueur, alors peut-être trouverez-vous une place aux Marines de Cogolin. Ne confondez pas avec Port-Cogolin, long couloir à bateaux dans l'estuaire de la Giscle. Les Marines sont un grand port de plaisance dont l'entrée se trouve derrière la digue à droite au fond du golfe et dont on aperçoit facilement la grande capitainerie en forme de tour de contrôle d'aéroport.
Ce n'est pas que l'architecture y soit beaucoup plus intéressante, mais ceux qui y habitent peuvent disposer d'une vue large sur le massif des Maures et sur cette marina de 23 ha très "seventies" où il y a 1.600 bateaux à contempler. Avec quatre mètres de fond et un chenal de 85 m de large protégé par une jetée de 600 m, on comprend qu'il y a de quoi s'en mettre plein la vue avec les grands yachts qui n'ont pas trouvé place devant chez Sénéquier à Saint Trop' ou qui veulent offrir à leurs passagers peu amarinés des nuits plus stables qu'au mouillage dans le golfe.

 

UN COQ SUR LE TOIT
Plus modestement, pour une escale technique, il y a tout sur place pour les pièces détachées, l'accastillage, le gréement, le mLe coq volé à St Tropez ?atériel de levage – sans doute surdimensionné pour votre youyou – et l'avitaillement : le plus grand supermarché de la côte d'Azur est à deux pas, au carrefour de la Foux, si vous n'avez pas peur de vous lancer à pied dans un cirque automobile où le Gendarme de Saint Tropez lui-même y piquerait une de ses jolies crises.
Prenez plutôt le bus vers le vieux village. Vous y trouverez des boutiques à échelle humaine, des gens qui vivent là à l'année et une ville qui ne se déguise pas en musée provençal.
Une balade dans les ruelles s'impose. Visitez l'église Saint Sauveur - Saint Étienne pour son triptyque peint en 1540. Le point culminant, le cimetière, offre un beau panorama en direction du village voisin, Gassin. La vue côté mer est offerte place… Bellevue.
Ne ratez pas non plus la manufacture de tapis qui a fourni grands paquebots et les belles demeures du monde (6 bd Louis Blanc), la fabrique de pipes Courrieu (42 rue Clemenceau), la fabrique d'anches de saxophone en canne de Provence Rigotti (5 rue François Arago).
Mais la chose la plus originale est le coq qui trône au faîte de l'Hôtel de ville.

 

GRIMAUD : SI JOLIMENT GRIMÉ
Architecturalement, Port Grimaud est d'un tout autre intérêt. Il y a là – qu'on aime ou pas – un vrai travail d'urbaniste. L'idée est de faire une cité lacustre, largement ouverte au public, avec ses ruelles, ses quais pour déambuler et faire du lèche vitrines, son marché sur la plaGrimaud et Cogolince, ses restaurants "sur le port", avec des maisons harmonieusement colorées, des ponts à la vénitienne, une "mairie" de carte postale et une église – tour promenade qu'on croirait du XIe siècle. C'est à la fois délicieusement faux et kitch comme un trompe l'œil bien fait, et naturel comme un village "pour de vrai". Quarante-trois ans après sa construction, Port Grimaud n'a pas pris une ride et reçoit toujours autant de visiteurs, ce qui ne va pas sans poser quelques problèmes aux habitants quant à leur tranquillité malgré l'interdiction totale des véhicules, y compris les vélos et les patins à roulettes.
Son architecte, François Spoerry, également marin, avait dit en 1966 que cette marina cité lacustre devait être « un village tel qu'il aurait été si les Architectes n'avaient pas existé. Issu du passé, mais en accord avec les hommes et les choses du présent ».
Le succès se mesure aussi au prix des maisons et appartements : il faut débourser 250.000 € pour un deux pièces avec vue sur un canal, et autour d'un million pour une maison avec quatre chambres et un amarrage pour le bateau. La place visiteur – si vous en trouvez une – est de 35 € en été pour un bateau de 10 m.


UN PETIT GOÛT D'ITALIE
Maintenant que vous y êtes, autant en profiter. La vie de Port Grimaud est suffisante pour passer une après-midi et une soirée agréables. Mais un conseil, le matin, prenez le bus pour le vieux village de Grimaud. Beaucoup plus sophistiqué et "CôMarine de CogolintéSudisé" que son voisin Cogolin, Grimaud, berceau de la famille Grimaldi de Monaco, n'en demeure pas moins un ravissant hameau perché sur le piton en haut duquel le château dresse fièrement ses belles ruines et domine toute la baie, comme au bon vieux temps où la Baronnie de Grimaud vassalisait tout ce qui se trouvait en dessous. Maisons mauresques, église des Templiers, c'est pourtant le caractère italien qui domine. Pas par hasard. Jean (Giovanni) de Cossa, noble napolitain dépossédé de ses terres, reçut du "bon" roi René en 1441 la baronnie de Grimaud , le val Freinet et la tour de Saint Tropez.
Aux heures matinales, le village très touristique se réveille et vous laisse le loisir de savourer en paix un café-croissant-journal à la terrasse du bar PMU où chante une fontaine. Si vous traînez jusqu'à midi, essayer pour déjeuner le Café de France, fondé en 1850, également joli monument de gentillesse et de cuisine familiale.

 

Christophe NAIGEON

 

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