Toulon ville portuaire
Une ville derrière le port
On peut passer devant cent fois sans s'arrêter. Entre le cap Sicié et la Petite Passe de Porquerolles, s'écarter de sa route pour aller à Toulon, c'est un détour de presque quinze milles aller-retour ! Et puis on se dit que c'est une grande ville pleine d'autos, que les places d'accueil ne sont pas très nombreuses, que… On a tort.
Si on ne reste pas crispé sur l'idée qu'un sous-marin nucléaire va jaillir sous la coque ou qu'on va croiser dans la passe à la fois le Clemenceau et un ferry pour la Corse, la rade de Toulon est un univers de découvertes.
Mais vous l'avez fait. Vous êtes arrivé dans la Darse Vieille, à cette capitainerie de village, sympathique après tant de lieux d'arrogance plaisancière. Et là, de votre place, pas loin d'un port de pêche encore plus modeste (quai du Parti !), le spectacle est étonnant.
Ce que vous avez vu en premier pendant la longue navigation d'approche, sont les monts Faron et Coudon, deux massifs calcaires qui dominent la situation du haut de leurs quelque 550 et 700 m respectifs.
Le Coudon est, certes, le plus haut, mais à la sortie est, vers Hyères. Ici, on lui préfère le Faron, dossier de ce grand trône géologique sur lequel la ville est assise. Royale. Les maisons sont parties à l'assaut de ses pentes depuis longtemps. On les comprend, la vue y est superbe. Contrechamp de ce que vous avez contemplé pendant une heure de votre poste de barre, le panorama sur la rade mérite que vous mettiez dans vos projets de prendre le téléphérique. Un tour sur la corniche Marius Escartefigues s'impose, rien que pour le nom, trop beau pour être vrai.
L'autre étonnement – parfois répulsion pour qui aime les horizons dégagés – est une autre barrière minérale qui barre le paysage : la « frontale De Mailly », les immeubles en muraille quais de la Sinse et de Cronstadt, donnant à ce port ce look suranné de Crise du Logement de l'après-guerre (1953). Sans doute un jour les trouvera-t-on beaux. Pour l'instant, ils rappellent que Toulon a été rasée à 45% par les bombardements de la seconde guerre mondiale et ont le mérite d'isoler la darse du bruit du Boulevard de la République.
Au bout du quai se trouvent les arsenaux, la Préfecture maritime et le musée de la Marine symboles de la vocation militaire séculaire de cette ville-port et port-arsenal.
Mais c'est une autre histoire (voir p 9). Arrêtons-nous au quai d'honneur, non pas pour regarder les quelques yachts – qui se pavanent ici moins qu'ailleurs – mais pour jeter un œil à la statue Le Génie de la Navigation qui montre du doigt un point… quelque part vers la mer. Sculpté par le natif Louis Joseph Daumas, il honore les marins en général et en particulier le commandant de la flotte en Méditerranée en 1895, le vice-amiral de Cuverville. Facétieux, les toulonnais, en raison de la position et du fessier dénudé de l'Homme de Bronze, préfèrent parler de Néverlo plutôt que de Cuverville…
Si vous traversez la barrière d'immeubles et la rue pour mettre cap au nord, vous arrivez à Chicago. C'est aujourd'hui un bien grand mot tant ce quartier n'est plus que l'ombre de ce qu'il était : le Red Light district, comme l'appelaient les matafs américains en goguette. C'était un vrai vivier de filles à matelots où les gens honnêtes ne mettaient pas les pieds.
Aujourd'hui, il reste certes quelques boîtes borgnes et quelques sex-shops minables mais la rénovation de ce typique quartier, miraculeusement épargné par les bombes, fait partie des efforts de la ville qui se pomponne le museau pour plaire à un autre genre de touristes… Ce « carré du port » est le noyau originel, la première ville moyenâgeuse.
Puis faites comme la ville, sortez de ces anciennes limites pour remonter encore un peu vers le nord, les halles et la cathédrale, puis le cours Lafayette, ancienne ceinture fortifiée, vers la place Puget et l'Opéra. Ville bourgeoise, architecture d'Empires, d'armateurs et de notables, qui raconte son histoire de rue en rue, en s'éloignant du port puis en y revenant par la place d'Armes d'où l'on retombe sur l'Arsenal. A Toulon, on n'échappe jamais longtemps à la Marine royale…
Un conseil : sur le quai de Constadt, à cent mètres de là où vous êtes amarrés, arrêtez-vous à la librairie discount Mona Lisait. Achetez Toulon Découvre son Patrimoine, de Rémi Kerfridin, éditions Extrème Eden. Sous la forme d'itinéraires et en incitant à observer l'architecture, c'est une invitation à flâner, à rêver et, sans s'en apercevoir, à se cultiver.
- Christophe Naigeon

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