La cité massaliote, canal historique
Le port d’Agde construit au VIe siècle avant J-C par des Grecs originaires de Phocée devient un port de commerce et de pêche important, le deuxième en Méditerranée après Marseille. La construction du canal du Midi au XVIIe siècle décuple ses activités.
Vin, olives, huiles et poisson. Voilà quelques-uns des produits qu’Agde exporte dès sa création au VIe siècle par les massaliotes (habitants de Massalia, ancien nom de Marseille) originaires de Grèce. Le port d’Agde devient rapidement un port de commerce prospère. Le deuxième en Méditerranée après Marseille. Carrefour du fleuve Hérault et de la mer, Agde est née de cette position stratégique,
favorable au commerce, aux échanges, à la pénétration au cœur des territoires.
Parallèlement au commerce, Agde développe l’activité de la pêche. Libre durant la période grecque, elle se voit contrôlée durant la féodalité en vertu des droits des seigneurs locaux. L’église n’est pas en reste. Elle prélève des impôts, la dîme ou encore le «pulment», un droit supplémentaire perçu, lié à la nature du poisson et à l’endroit de sa capture. La prospérité du port de pêche débute au XIIIe siècle avec un pic au XVIIe siècle.
La cité agathoise connaît un évènement majeur au cours du XVIIe siècle : la construction du canal du Midi qui passe à Agde (1662-1680). En réalisant cet ouvrage, de Toulouse à Marseillan et long de 240 kilomètres, le biterrois Pierre-Paul Riquet fait d’Agde un véritable rond-point entre le canal, l’Hérault et la mer. Son défi : réunir la mer Méditerranée et l’océan Atlantique avec un cours d’eau alimenté par les rivières adjacentes grâce à un système ingénieux de rigoles. Une fantastique œuvre aux prouesses techniques incontestables naît ainsi au siècle de Louis XIV. Il compte 328 ouvrages : tunnels, ponts, bassins, aqueducs… et 250 000 arbres plantés sur ses berges (45 000 au XVIIe siècle).
À titre d’exemple, le dénivelé du seuil de Naurouze (point le plus haut entre les deux mers) au bassin de Thau s’élève à 189,084 m exactement. Riquet remédie au problème à l’aide de 48 écluses, un dispositif entre deux plans d’eau de niveau différent qui permet de passer de l’un à l’autre grâce à la manœuvre de portes et de vannes. D’ailleurs, Agde possède la fameuse écluse ronde, la première au monde à l’époque de sa réalisation.
Outre sa technicité, le canal du Midi s’avère un formidable vecteur de communication, de transport et de développement économique entre l’Est et l’Ouest, la mer et l’océan.
Le commerce du vin et des céréales, a bien sûr contribué à l’importance du port d’Agde. Ce sont surtout des bateliers qui naviguent sur le canal du Midi de sa construction au début du XXe siècle avec leurs grosses barques. Ils sillonnent sans relâche tout le bassin fluvial du Sud-Ouest et remontent sur leurs embarcations vers Paris et l’Europe du nord par le Rhône.
Vers 1925, l’ère du moteur à pétrole et du train à vapeur met fin à ce type de navigation. Aujourd’hui, le canal se consacre essentiellement à la plaisance. Les péniches et pénichettes remplacent les sapines et les coutrillons (bateaux en bois conçus pour les canaux, longs d’une trentaine de mètres de constitution grossière mais très puissants). Dans le même temps, on voit dans le port d’Agde des tartanes (des grands mâts avec des voiles sur antennes) des bricks (navires de petit tonnage à deux mâts) et des goélettes aux formes élancées. Et pour la pêche, des sapines et des allèges employées pour le chargement ou le déchargement des navires.
Le port de Sète supplante Agde au XIXe siècle, victime une fois de plus d’ensablement tandis que les chantiers navals continuent leur expansion. N’ayez pas peur de passer pour un marin d’eau douce : par le Grau d’Agde, remontez l’Hérault, la ville vaut le détour.
- Marilyn Beaufour et Deborah Peucheret
- Sources
- Archives d’Agde
- Agde de J Picheire
- Agde de poche de A Camps
- Agde 2600 ans d’histoire de Jean Sagnes
- Agde de pierre et d’eau de H Pascual






