Port du vin et patrie du Vermouth
La porte d'entrée du Bassin de Thau par la porte fluviale ! A vous le canal du Midi et l'Atlantique au Nord, la Méditerranée et la côte d'Azur au sud ! Un lieu d'échange, un peu le bout du monde donc où la vie coule tranquille…
Tout au fond
sud-ouest de l'étang de Thau, il est un petit port pittoresque, Marseillan. N'y cherchez pas un canal, c'est un cul-de-sac ! Pour y entrer ou sortir de la "petite mer du Languedoc", il faut aller à plus d'un kilomètre vers le sud au fond du bassin de Thau. Le grau de Pisse Saume dragué à deux mètres offre un accès à la mer pour les embarcations de moins de trois mètres de tirant d'air pour passer sous les ponts routiers à Marseillan-plage. Et, tout à côté à la Pointe des Onglous signalée par une tourelle blanche à chapeau rouge, le Canal du Midi offre la possibilité de regagner la mer à Port la Nouvelle via le canal de la Robine.
Le petit phare rouge à bande verte qui signale port, se remarque bien. Deux courts épis d'enrochement derrière un autre parallèle au rivage encadrent l'entrée d'un bassin-chenal. La profondeur ne dépasse guère les deux mètres. Entre l'entrée et l'épi sur la gauche, un bassin d'un mètre vingt de profondeur accueille des bateaux à l'année sur pieux. De nuit, des feux signalent les diverses extrémités de cette géométrie un peu alambiquée.
QUAI RICHE, QUAI PAUVRE
Le caboteur est donc amené à pénétrer dans ce port couloir jusqu'à trouver sur sa gauche la capitainerie à clocheton dont on dit qu'elle serait la plus petite du monde construite en dur !
Les quelques pontons sur ce bord sont en général complets. On s'amarre le plus souvent à couple le long du quai rive Est. Côté "pauvre". Car ce port présente une particularité : rive Ouest, les riches, rive Est, les pauvres. Côté riches, deux grands négociants tiennent tout le pavé. Côté pauvres, les habitations, plus nombreuses et plus modestes, se trouvent au-dessus de rez-de-chaussée à haute porte charretière, consacrés au travail.
Et comme Marseillan a été – par la superficie – le second port de l'Hérault après Sète pour les vins et spiritueux, certaines demeures ont encore fière allure, témoignant que du sang très bourgeois coulait sans ses veines.
Mais aussi du sang républicain : place de la République se trouve la première Marianne jamais érigée en France, dès 1878, en souvenir de la résistance des Marseillanais contre le coup d'État, en 1851, de Louis napoléon Bonaparte, devenu Napoléon III.
Pour mettre fin à la lutte des classes, disons que c'est à la Royauté que Marseillan doit sa naissance et son essor. Ses premiers quais émergèrent au XVIIIe alors que se construisait le Canal du Midi. Et grâce à lui.
Quand Paul Riquet imagina le tracé de cette véritable folie d'architecture, le port de Marseillan n'était pas le centre du village. Il n'y avait là qu'une poignée de maisons. En bout d'étang, peu profond, sujet à l'envasement, il fallait périodiquement le draguer et le curer.
VINS ET SPIRITUEUX A TOUS LES ETAGES…
Par chance, l'endroit fut retenu pour être le débouché au canal du Midi. Avec l'ouverture du canal, du jour au lendemain Marseillan ne fut plus au bout du monde mais à un carrefour commercial de première importance. Au XIXe siècle avec de développement de la viticulture et l'essor des apéritifs à base de vin, le port connut un boom considérable.
Ici furent inventés et fabriqués le Quinquina, l'apéritif Mignon et le Noilly Prat. Ce dernier est d'ailleurs toujours produit dans un chai au fond du port dont la visite est agrémentée par une dégustation. On y admirera des alambics et autres instruments d'époque.
Puis, avec les crises successives de la viticulture du Midi et l'engouement pour d'autres boissons à l'heure de l'apéro, fabriques et négoces de Marseillan ont périclité pour s'éteindre presque totalement dans les années 50-60.
Marseillan aurait pu retourner à son sommeil d'antan, son port aux vases d'autrefois. Mais la fée Tourisme est passée par là. Pas de plage à perte de vue, pas de station balnéaire champignon, pas de cabanes à frites. La plaisance et la croisière fluviale ont donné à Marseillan un second souffle dans les années 70. Sa situation exceptionnelle payait une seconde fois. Son plan d'eau magnifique a attiré la prestigieuse école de voile des Glénans, donnant à la rombière vieillie en fûts de chêne des allures de skipper bronzé…
Les anciens chais se sont transformés en boutiques et en restaurants, le "château", rive Ouest, est devenu un "gastro" des frères Pourcel. Et le potentiel de développement est grand tant les chais et petits bâtiments industriels sont encore nombreux dans les rues de deuxième et troisième rang derrière les quais. Mais il ne faudrait pas que Marseillan en perde son âme. Elle est forte et belle.
Claude Roger
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