Une grande histoire de chantiers
Premier navire à moteur, premier bateau à roue : La Ciotat et ses chantiers navals ont toujours été à la pointe de la construction navale, du XVIIe siècle aux années 80. Après une crise, le site s’est reconverti dans la haute plaisance.
Les pêcheurs et les marins construisent tellement de bateaux que les consuls de La Ciotat doivent réglementer cette activité. Un arrêté de 1622 regroupe à l’Escalet exclusivement la possibilit
é de fabriquer un navire. La Ciotat possède d’excellents ouvriers, convoités par les arsenaux du roi. C’est un port actif, avec une soixantaine de navires à la fin du XVIIe siècle. Parmi ces bateaux, la frégate Ville de La Ciotat (1779), vaisseau de 40 canons.
En outre, La Ciotat peut se vanter de construire les premiers vapeurs qui révolutionnent les transports marins. Le Royal Ferdinand entre dans le vieux port en 1818, quand la flotte marseillaise ne compte aucun vapeur en 1830 !
L’avenir industriel de La Ciotat se trouve transformé grâce à l’un de ses natifs, Louis Benet qui crée un chantier naval en 1835 qui produit des navires en bois de 250 à 600 tonneaux. Dans le même temps, il installe un atelier de machines à vapeur et, en 1846, livre le premier paquebot français à vapeur de la ligne du Levant : Le Phocéen, long de 46 m, qui jauge 339 tonneaux.
Les chantiers livrent neuf gros navires à vapeur et en fer entre 1842 et 1846 dont le Bosphore avec des hélices dépassant 150 tours par minute. Le roi Louis-Philippe commande la construction du Narval, l’un des premiers bâtiments à roues de l’État construit en France. Mais la révolution de 1848 arrête ce bel élan et une crise économique s’ensuit. Les chantiers Benet licencient 800 ouvriers. Déjà…
En 1851, sous Napoléon III, l’État passe une convention postale avec la Société des Services Maritimes des Messageries Nationales. Quatre lignes sont concernées au départ de Marseille : Malte, Constantinople, Alexandrie et la Grèce. Un financier, Armand Béhic, choisit La Ciotat comme chantier de construction navale et rachète les établissements Benet en pleine déconfiture. La fin de la voile avait fait le succès des chantiers Benet, la fin de la marine en bois fait celui des Messageries.
L’ingénieur anglais Barnes, des anciens chantiers, décède en 1852. Son dernier navire, le Périclès, est lancé le 21 mai de la même année. Record battu, il dépasse les 53 m de longueur. Armand Béhic fait appel à l’ingénieur Stanislas Dupuy de Lôme qui construit, deux ans plus tard, Le Danube, le premier navire à hélice de la compagnie. 1.200 chevaux et 77 m de longueur.
À partir de 1916, les chantiers navals assurent désormais l’entretien de la flotte des Messageries et la construction de ses unités. À la fin des hostilités, les chantiers de la S.P.C.N occupent 14 ha2 dont 3,4 ha couverts où travaillent 2.300 employés. Ils peuvent construire en même temps deux navires de 150 m. Le premier pétrolier, le Mérope, est lancé le 7 mai 1922. Mais le Maréchal Pétain, contrôleur de l’aviation civile de la nouvelle compagnie d’État Air France, voit d’un mauvais œil la concurrence de la S.P.C.N et refuse de renouveler sa licence.
Jean-Marie Terrin la rachète en 1940 et fonde les Chantiers Navals de La Ciotat. Malgré le début de ses activités en pleine guerre, la C.N.C se modernise et se dote de machines de plus en plus grandes, tandis que les cadences augmentent. Les bateaux sont énormes, en témoigne le superpétrolier le Al Rawdatain, mis à l’eau en 1970 : 332.000 t, 357 m de long, 57 m de large et un creux de 29 m.
Puis survient le choc pétrolier de 1973. Le dernier navire, le Monterey, est lancé en 1987. C’est la crise à La Ciotat. On se souvient des mouvements sociaux, des milliers de licenciements.
Par nostalgie, par manque de moyens, dans l’espoir de recommencer un jour… La Ciotat conserve ses bassins, ses grues, une partie de ses équipements. Bien lui en a pris. La Ciotat reste ce joyau de vie ouvrière, maritime et balnéaire, une exception sur une côte qui s’embourgeoise souvent…
- Marilyn Beaufour
- Sources
La Ciotat, autrefois et naguère, 1979.
Projet d’ouvrage de L. Jeansoulin non réalisé, Archives communales 2001.
10 histoires qui ont fait l’histoire de La Ciotat, L Jeansoulin 1998




