L'ange à la porte de l'étang
Port Barcarès communique avec l’étang de Salses. Pour les caboteurs dont les tirants d’eau et d’air le permettent, c’est l’occasion d’une croisière dans cette splendide mer intérieure.
Difficile de ne pas repérer l’entrée de Port Barcarès de loin, à 5,5 milles à l’est de Canet en Roussillon. On croirait que tout est fait pour qu’on ne se trompe pas : un château d’eau très remarquable autour duquel se serrent des petites maisons à deux étages ; les grands immeubles de la station moderne ; le Lydia, petit paquebot grec volontairement échoué dans la plage de sable à mi distance de Port Leucate. Attention, ce dernier ne signale pas une entrée de port ! C’est plutôt une originale invitation à venir s’y amuser, y dîner et s’y confronter à quelques "bandits manchots".
El Barcarès en Catalan signifie l’abri des barques. Le Barcarès était autrefois le port des barques du village de Saint Laurent de la Salanque, en retrait dans les terres. C’était, entre l’estuaire de l’Agly et le Grau Saint Ange qui communique avec l’étang de Salses (ou de Leucate) une extension du village où les pêcheurs vivaient dans une assez grande insalubrité. Malgré les efforts pour assainir la zone côtière entrepris depuis les Templiers, toute la bande entre mer et étangs est restée très inhospitalière jusqu’au XXe siècle.
PORT DES BARQUES OU PORT St ANGE ?
Les installations portuaires de l’embouchure de l’Agly entreprises par les Templiers ont été abandonnées depuis longtemps. L’intérêt s’est déplacé vers le nord du hameau de Barcarès, au Grau Saint Ange. Port Saint Ange est un excellent abri et un important carrefour de navigation : il communique avec Port Leucate via l’étang de Salses. Mais attention : tirants d’air de 3 m à la sortie du premier bassin (ou demander la levée du pont dans la dérivation), de 7,5 m au débouché dans l’étang et de 16 m pour l’entrée dans le port de Leucate.
Cette porte des étangs ouvre sur des lagunes à découvrir pour la paisible beauté de ces espaces naturels protégés. Les voileux dotés d’un mat plus haut mais désireux d’aller voir par eux-mêmes ce qu’il en est vraiment devront passer par Port Leucate.
La jetée sud déborde assez pour faciliter l’entrée dans un petit avant-port garni de pontons parallèles à la courte jetée Nord pour augmenter les possibilités d’accueil estival et qui le transforme un peu en chenal vers une seconde passe. Celle-ci est resserrée par le terre-plein d’une cale de halage à gauche et la capitainerie avec son ponton d’accueil à droite. Le bassin Nord comme Sud sont accessibles à tous ; au fond, un pont tournant dessert le bassin de la Tourette, le "vrai" Port Barcarès sur l’étang de Salses. Les immeubles assurent une bonne protection contre la tramontane… et l’animation du soir.
PARTI DE RIEN
Oublions-les un instant et imaginons un désert de sable et de marais partiellement occupé par des pêcheurs. Malgré la concurrence de nuées de moustiques, la mode des bains de mer "bons pour la santé" lancée au Second Empire va lancer le développement du bourg du Barcarès bien avant que la Mission Racine s’en préoccupe. Le magnifique lido, entre mer et lagune, reste en attente d’un projet d’assainissement et d’aménagement.
En 1926 on envisage d’y creuser… une nouvelle Venise ! L’idée resurgira au cours des années 1960 sous la volonté de l’Agence pour l’aménagement du Littoral et de l’architecte Georges Candilis de faire ici une station pilote autour de marinas tournées vers la mer avec des embarcadères particuliers et des "vaporetti" pour s’y déplacer. L’idée sera reprise sur la Côte d’Azur avec les Marines de Cogolin et Port Grimaud. Une autre voie architecturale sera retenue pour Port Barcarès. Cependant, sur l’étang, la marina de la Coudalère rappelle l’idée d’origine. À voir lorsque vous franchirez la passe pour visiter le monde des étangs.
Claude Roger





