Une merveille sauvée de justesse
Alors que les premières marinas commençaient à se construire à la fin des années 70, les élus ont décidé de faire de la Côte Bleue et de sa bordure subaquatique une zone protégée. Acceptant un développement modéré des constructions et des ports, ils en ont fait un site aussi beau que les calanques de l’est de Marseille.
Carro, La Couronne, Sausset les Pins, Carry le Rouet, Ensuès La Redonne, Niolon… des noms qui s’égrènent sur la carte marine, quelques amers faciles à repérer comme l’immeuble de Carry la villa de Sausset, les viaducs du train de Marseille à Miramas… La Côte Bleue s’étend du Cap Couronne à la calanque de la Vesse, du golfe de Fos aux confins de Marseille.
Aussi se trouve-t-elle prise entre deux repères symboliques de la civilisation : les quatre cheminées de Lavéra à l’ouest et les barres d’immeubles de Marseille à l’est. La ville et l’industrie prennent en tenaille ces trente kilomètres de littoral rocheux qui s’abaisse doucement en abordant le delta du Rhône jusqu’à n’être plus qu’une dalle plongeante, bonheur des véliplanchistes, malheur des capitaines dont les épaves jonchent les fonds.
Danger de pollution ici, risque de bétonnage là, menace de surpâturage touristique et d’incendie partout, la Côte Bleue a su résister autant que faire ce peut à la destruction. Depuis 1980, le Conservatoire du Littoral a commencé à acquérir des terres pour les protéger. Aujourd’hui, avec plus de 3.300 ha, c’est le plus vaste site du conservatoire en France continentale. En mer, un Parc marin prend le relais et assure sa part de protection.
D’abord, il y eût, dans les années qui ont suivi la première guerre mondiale, un premier afflux de Marseillais, touristes du dimanche : l’ouverture de la ligne Marseille – Miramas par le percement de tunnels et la construction de viaducs nombreux a ouvert la voie à la fréquentation du massif, de ses ports et de ses calanques où ne vivaient même pas 3.000 personnes.
Puis, dans les années 70, le développement de la plaisance a donné l’idée aux promoteurs de bâtir des marinas autour de ces abris naturels splendides que sont les calanques et les baies de la Côte Bleue. Une première route d'accès à un futur lotissement de 12 m de large et de 3,5 km de long été construite mais jamais utilisée... Les élus ont eu l’audace de résister aux sirènes tentatrices qui faisaient tinter l’or venu de la mer.
Bleue, sans doute, la côte. Mais au printemps, avant que juillet et août n’aient fait entrer la nature dans sa longue sieste estivale, le massif est un enchantement de couleurs tant les fleurs y sont nombreuses. Point n’est besoin d’être un naturaliste chevronné pour apprécier, la plus petite âme de poète suffit.
Par le train qui longe la côte mieux que n’importe quelle route ne le fait, ou mieux encore avec votre bateau quand les petits ports de pêche des calanques de la rade nord de Marseille ont enfin une place libre pour vous, revenez en avril quand les goélands préparent leurs nids au milieu des coquelicots, quand la roche la plus âpre offre des bouquets jaunes et mauves.
- Christophe Naigeon
- Source :
- Conservatoire du Littoral






