Du port des ligures à la force Roméro
Cavalaire est un bon mouillage (organisé) et un port aux pontons d’accueil calmes malgré l’animation des quais le soir. Si ce n’est pas un village "typique", c’est une station qui "ne se la joue pas". Rare.
Sur ce genre de côte, soit on navigue à plus d’un mille du bord pour voir le splendide arrière-pays des Maures, soit on rase des cailloux à portée de cigale pour profiter des criques transparentes, odorantes et stridulantes. Attention aux roches traîtresses au Dattier, à la Malpagne et au cap Nègre ! Autrement, sauf dans les zones protégées entre la pointe du Trésor et celle de Caval
aire et entre les plages de Gigaro et de Pampelonne on voit surtout des villas qui ont poussé partout et que les pins parasols masquent autant qu’ils le peuvent.
Dans le premier cas, de là-haut, trois cents millions d’années vous contemplent… Que le nom de Maures vienne de la couleurs brun-rouge des terres (même étymologie que marron), des Sarrasins (les Mauresques, la Mauritanie) qui occupèrent l’endroit au cours des VIIIe et le IXe siècles ou du mot également arabe Al Manara (le phare) qu’on retrouve à l’Almanarre près de Hyères, peu importe. La position élevée, la teinte des roches ou l’histoire convergent pour décrire cette crête de roches très anciennes, bouleversées par des compressions titanesques, cuites et recuites par le volcanisme, qui culmine à La Sauvette (780 m) pour s’abaisser au-dessus de Cavalaire jusqu’à environ 500 m.
LE ROI DES MAURES
Le roi des Maures, c’est le chêne-liège dont certaines forêts possèdent des spécimens de plusieurs siècles. Grâce à leur écorce dont on fait les bouchons, ils résistent au feu et protègent ainsi les massifs de ce fléau. C’est pourquoi les incendiaires qui travaillaient à faire déclasser les zones agricoles en terrains constructibles oeuvraient juste après le démasclage quand le tronc est nu. Mais cela n’existe plus…
Et, en bord de mer, le prince est le somptueux, l’immense et fragile pin parasol, autant dire une allumette géante dans des vapeurs d’essence lorsque le plein été exhale les sucs du maquis et les résines des troncs. Avant le carénage annuel, venez arpenter les Maures au printemps quand les orchidées sauvages, les cistes, les genêts
et les asphodèles mettent de vives et éphémères couleurs dans ce vert éternel.
Que vous veniez juste de doubler le cap Lardier ou le cap Cavalaire, vous découvrez soudain une baie avec une large plage en arc jaune et, après la nature sauvage, l’urbanisme de villégiature, ici plutôt réussi.
Si c’est un 15 août, ayez une pensée pour les quelque cent mille fantassins, parachutistes et commandos alliés qui ont débarqué en Provence en 1944. Dans la nuit du 14 août, la plage de Cavalaire – La Croix Valmer a été le théâtre de la première vague d’assaut avec la Force Roméo composée de commandos français d’Afrique sous les ordres du lieutenant-colonel Bouvet avec en particulier pour mission de détruire les défenses nazies du Cap Nègre.
Au total, 880 navires anglo-américains, 34 français et 1.370 "péniches" de débarquement furent engagés. En deux semaines, la Provence sera libérée. Le souvenir de ce débarquement "bis" est aujourd’hui extrêmement vivant dans toutes ces communes côtières et, au cœur de l’été, il est certain que vous assisterez ici où là à une fervente commémoration.
DE L’OUBLI AU RÉVEIL
Mais vous qui vous apprêtez à débarquer pacifiquement à Cavalaire sur Mer, sachez qu’avant de s’appeler "Heraclea Cacabaria" du temps d’une petite colonie grecque, "Cacabaria" à l’époque gallo-romaine, le port était déjà utilisé par des marins deux mille ans avant notre ère.
Des fouilles ont mis en évidence l’Oppidum de Montjean à 460 m au dessus du port actuel, où vivaient des Ligures, vers -800 et une villa romaine à Pardigon, tout près de la plage ou peut-être faute de place au port, vous devrez mouiller sur les coffr
es.
Mais c’est au Moyen-âge que "Cavalairo" eût son heure de prospérité : très bon abri par mistral comme par vent marin (la Marinade, dit-on ici) c’est là que viennent mouiller un grand nombre de bateaux. Malgré les pirates barbaresques qui rôdent dans les parages comme à regret de leur présence permanente passée, malgré la peste noire qui frappe à plusieurs reprises ici comme ailleurs sur la côte, Cavalaire survit. Et prospère, même. Jusqu’à ce que la colonie Génoise importée à Saint Tropez ne fasse de cette commune presque morte (voir pages 8 à 11) une cité si bien protégée, un port si moderne et une concurrente commerciale si dynamique que Cavalaire s’endort dans l’oubli.
Comme pour Sainte Maxime (voir pages 12 et 13) , il lui faudra attendre la mode des bains de mer sous le Second Empire puis l’arrivée du train dans les premières années du XXe siècle pour que le tourisme balnéaire lui offre l’occasion de redorer son blason en forme d’hippocampe.
Christophe Naigeon






