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Trois écrivains racontent "leur" Marseille


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GUSTAVE FLAUBERT :

 

ON Y ENTEND PARLER CENT LANGUES INCONNUES

Gustave Flaubert (1821 – 1880), seul, en famille ou accompagné de Maxime Du Camp, fit entre 1840 et 1868, une série de voyages, traversant les Pyrénées, la Corse et la Bretagne, puis Carthage et l’Orient.

 

« Marseille est une jolie ville, bâtie de grandes maisons qui ont l’air de palais. Le soleil, le grand air du Midi entrent librement dans ses longues rues ; on y sent je ne sais quoi d’oriental, on y marche à l’aise, on respire content, la peau se dilate et hume le soleil comme un grand bain de lumière. Marseille est maintenant ce que devait être la Perse dans l’Antiquité, Alexandrie au Moyen Âge : un capharnaüm, une Babel de toutes les nations, où l’on voit des cheveux blonds, ras, de grandes barbes noires, la peau blanche rayée de veines bleues, le teint olivâtre de l’Asie, des yeux bleus, des regards noirs, tous les costumes, la veste, le manteau, le drap, la toile, la collerette rabattue, le turban et les larges pantalons des Turcs. Vous entendez parler cent langues inconnues, le slave, le sanscrit, le persan, le scythe, l’égyptien, tous les idiomes, ceux qu’on parle au pays des neiges, ceux qu’on soupire dans les terres du Sud. Combien sont venus là sur ce quai où il fait maintenant si beau, et qui sont retournés auprès de leur cheminée à charbon de terre, ou dans leurs huttes au bord des grands fleuves, sous les palmiers de cent coudées ou dans leurs maisons de jonc au bord du Gange ? »


Sources

Gustave Flaubert, Voyages, Éd. Arlea poche N° 109, 2007, 700 p, 18 €

 

ALBERT LONDRES :

 

ON Y EMBRAQUE POUR TOUTES LES MERS

Albert Londres (1884 – 1932), journaliste, reporter de guerre, a fait de son métier une œuvre d’écrivain. En 1927, il découvre et s'éprend de Marseille, cité grouillante de vie qu'il voit mal comprise et mal aimée.

 

« C’est un port, l’un des plus beaux du bord des eaux. Il est illustre sur tous les parallèles. À tout instant du jour et de la nuit, des bateaux labourent pour lui au plus loin des mers. Il est l’un des grands seigneurs du large. Phare français, il balaye de sa lumière les cinq parties de la terre. Il s’appelle le port de Marseille. Il a plus de cinq kilomètres de long. Il n’en finit pas. Peut-être bien a-t-il six, ou même sept kilomètres. Môle A, môle B, môle C. Il va presque jusqu’au milieu de l’alphabet, le port de Marseille… C’est le marché offert par la France aux vendeurs du vaste monde. Les chameaux portant leur faix vers les mahonnes d’au-delà de nos mers, sans le savoir, marchent vers lui. Port de Marseille, cour d’honneur d’un imaginaire palais du commerce universel.

Tous les vieux noms connus des hauts barons de la mer sont affichés là, aux frontons de ses môles, comme une courtoise invitation au voyage. La Paquet, la Transat, la Cyprien Fabre, les Chargeurs Réunis, les Transports, les Messageries Maritimes à tête de licorne. La Peninsular. La Nippon Yusen Kaisha. Où voulez-vous aller ? Au Maroc, en Algérie, en Tunisie ? Au Sénégal, en Égypte ? Au Congo, à Madagascar ? En Syrie, à Constantinople ? Au Tonkin ? Aux Indes ? En Australie ? En Chine ? En Amérique du Sud ? Faites votre choix. Ici, on embarque pour toutes les mers, pour la rouge et la Noire, pour tous les détroits, tous les canaux, tous les golfes. On vous en montrera, des pays ! On vous en fera connaître, des choses insoupçonnées ! »


Sources

Albert Londres, Marseille, Porte du Sud, Éd. Jeanne Laffite, les Arsenaulx, Marseille.

 

BLAISE CENDRARS :

 

LA VILLE APPARTIENT À CELUI QUI VIENT DU LARGE

Blaise Cendrars (1887 – 1961) cesse de voyager quand, en 1940, il s’installe en Provence. Il découvre Aix, la Côte Bleue où il écrit « je n’ai jamais été aussi heureux qu’à la Redonne (…) cercle d’eau bleu comme le lac intérieur d’un atoll », et Marseille.

 

« Je n’ai jamais habité Marseille et une seule fois dans ma vie j’y ai débarqué descendant d’un paquebot, le d’Artagnan, mais Marseille appartient à celui qui vient du large.

Marseille sentait l’œillet poivré, de matin-là.

Marseille est une ville selon mon cœur. C’est aujourd’hui la seule des capitales antiques qui ne nous écrase pas avec les monuments de son passé. Son destin prodigieux de vous saute pas aux yeux, pas plus que ne vous éblouissent sa fortune et sa richesse ou que ne nous stupéfie par son aspect ultra-ultra (comme tant d’autres ports up to date) le modernisme du premier port de France, le plus spécialisé de la Méditerranée et l’un des plus importants du globe. Ce n’est pas une ville d’architecture, de religion, de belles-lettres, d’académie ou de beaux-arts. Ce n’est point le produit de l’histoire, de l’anthropogéographie, de l’économie politique ou de la politique, royale ou républicaine. Aujourd’hui elle paraît embourgeoisée et populacière. Elle a l’air bon enfant et rigolarde. Elle est sale et mal foutue. Mais c’est néanmoins une des villes les plus mystérieuses du monde et des plus difficiles à déchiffrer »


Sources

Blaise Cendrars, Je Débarque à Marseille, in Marseille revue Culturelle de la Ville, n°200.
 
 
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