Saison 3 de Cabotages.Coastwise

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16 éditions 2009
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MPM, le seigneur des anneaux


Opération transparence dans les eaux du port


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« C’est une réforme ? Non, Sire, une révolution ! » pourrait-on dire pour plagier la réponse du duc de Liancourt à Louis XVI la veille du 14 juillet 1789… Ce qui se passe à Marseille est plus qu’un changement, c’est un tsunami dans les eaux du Vieux Port. Galéjade ? À peine.


MarseilleQuand on lit dans « Marseille, capitale européenne de la plaisance », ouvrage officiel de la Communauté urbaine Marseille Provence Méditerranée (MPM) qu’« un contrat fixant les engagements de chacun s’avère indispensable pour que l’utilisation collective des plans d’eau se fasse en harmonie et dans la transparence », on sent bien que la modération du langage cache un coup de poing sur la table. Quai Rive-Neuve on traduit : « Mèfi, fini l’engaste… »


Imaginez, une "tradition" faisait que chacun – individu ou association – se considérant dépositaire d’anneau(x) pouvait à sa guise louer, céder ou vendre, sans papier, sans signature, sans déclaration. Autant dire sans droit. Ainsi, des plaisanciers se sont vus demander dix ou quinze mille euros pour n’être pas plus propriétaire de la place que ne l’était le cédant.

Ici, l’expression « les places sont chères » avait pris tout son sens. Avec le boom de la plaisance, la mécanique de l’offre et de la demande fonctionnant toutes voiles dehors, la rareté est devenue règle… et la cherté loi. Il avait ceux, comme ce vieux pêcheur, qui se disaient : « ma vieille barquette vaut deux mille euros. Si je la vends avec la place, j’en gagne douze ou quinze. Alors… ».


Mais il y avait aussi ceux qui trichaient de manière plus préméditée. Tel ce locataire (sans titre) d’une place "appartenant" à un pêcheur, qui a "vendu" à prix d’or ladite place à un plaisancier ! Et il y avait ceux qui faisaient profession de la spéculation sur les anneaux. Bien introduits, ils achetaient et revendaient des droits d’usage. Du vent.Marseille

Cette économie sous-marine explique pourquoi MPM fait état d’un « turnover officiel quasi inexistant ».

Tout cela devrait être révolu. En 2007, 32 clubs sur 36 ont signé un contrat de partenariat avec MPM qui leur donne un rôle "citoyen" et "d’animation", les dégage de "tous soucis de travaux et d’entretien" et… de la gestion des places. Celle-ci est désormais assurée en délégation de service public par les deux grands clubs du Vieux Port, le CNTL et la Nautique.


Pour le plaisancier de passage, désormais un seul point (04 91 73 93 63 ou VHF canal 9) attribuera une place libre, du Pharo jusqu’au quai des Belges. Ce même numéro pourra aussi indiquer des anneaux disponibles au Frioul, à la Pointe Rouge, à l’Estaque, partout de la Ciotat à Sausset les Pins. Pour les petites calanques, il faudra attendre un peu. Carro, Cassis – Port Miou et le vieux bassin de la Ciotat sont en dehors du système.

Le projet dépasse les eaux du Vieux Port de Marseille. La Communauté urbaine compte 18 communes et 24 ports. Seulement six ont une capitainerie. Certains n’ont pas de toilettes, pas de douches, pas d’eau, pas d’électricité. D’autres, notamment au Vieux Port – et malgré quelques efforts récents – sont encore loin du niveau d’accueil sanitaire de l’ambition affichée.


C’est pourquoi, en association avec l’État, la Région, les départements du Var et des Bouches du Rhône, l’ADEME, l’Agence de l’Eau Rhône-Méditerranée-Corse, seront injectés 8,7 millions d’euros sur sept ou huit ans dans le cadre d’une "charte de qualité" portant sur la gestion et la police des ports, la mise aux normes "propres", l’animation et la création de places nouvelles.

Des places en plus ! Voici le mot tant attendu par les plaisanciers. Qu’ils soient rassurés. La plaisance en général et le cabotage en particulier rapportent assez d’argent pour que ces questions soient au centre des préoccupations. Avec 8.600 anneaux de Sausset à la Ciotat, le déficit est estimé à 4.000. Le Frioul fait partie des projets les plus importants.


Le calcul est vite fait. Cinq cents places d’accueil en plus à 10 €/jour (bénéfice net) occupées 100 jours/an rapportent un demi-million. Mille nouvelles places louées à l’année avec 1.000 € de marge font rentrer un autre million. Ce qui fait, calculé à l’écope, environ 1,5 millions par an. Le million annuel investi ne le sera pas aux frais du contribuable.

Si l’on sait, en plus, que chaque anneau supplémentaire c’est du travail pour des dizaines d’entreprises du nautisme, et qu’un plaisancier de passage dépense en moyenne 150 € à terre par jour, on voit l’impact du projet sur le tissu économique local.

Un dernier calcul en forme de devinette : sachant qu’un grand yacht rapporte sept fois plus par mètre linéaire de quai que le bateau de vous et moi (source MPM), quelle sera la politique en matière de "grande plaisance" ?


Si une petite partie de cet argent peut aider à maintenir les barquettes et autres "pointus" dans les ports, à accorder des ristournes à ceux qui dépensent sueur et salaires à maintenir la "belle marine", ou encore à encourager le cabotage hors-saison en faisant des prix d’hiver, alors…


Christophe Naigeon

 
 
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